Venezuela

Jeudi 21 août 2014 4 21 /08 /Août /2014 08:11

DEPUIS L’ORÉNOQUE, POUR QUE LE PEUPLE GOUVERNE

Puente-sobre-el-río (1)Sur la rive droite de l’Orénoque, à quelques kilomètres de l’endroit choisi par Simon Bolivar pour célébrer le Congrès d’Angostura en 1819, sept cents familles qui se consacrent à l’agriculture, à l’élevage et à la pêche artisanale s’organisent au sein de la Commune socialiste Panapana. Avec ses presque 160 000 hectares de superficie, la Commune coïncide dans toute son extension avec le secteur du même nom, et fait partie de la municipalité d’Heres, dans l’état de Bolivar. Un endroit à l’extraordinaire potentiel et engagement révolutionnaire.

Une histoire qui ne fait que commencer

La commune socialiste Panapana a été enregistrée en octobre 2013 mais son parcours a commencé plusieurs années auparavant. Avec le vote de la Loi des Terres impulsée par la Révolution Bolivarienne, depuis 2007, des milliers d’hectares sont passés aux mains de familles qui voulaient un morceau de terre pour la travailler. Jusque-là, ils appartenaient à une poignée de grands propriétaires terriens, installés au sommet d’un régime économique aux caractéristiques semi-féodales. Avec ce système – instauré il y a trois cents ans sur la base de l’exploitation des peuples indigènes Karina et Warao, originaires de la région-, les terres se trouvaient en majorité délaissées et ceux qui les travaillaient, le faisaient dans les pires conditions. Pendant ce temps, les pêcheurs se débrouillaient pour subsister au bord du fleuve. Mais il a suffi de l’impulsion donnée par la démocratie participative pour que les choses commencent à changer.

Vers 2008, les premiers conseils communaux furent organisés, en 2010 –suivant l’exemple des habitants du secteur de Marhuanta- ils créèrent leur propre Salle de Bataille Sociale. «Comme groupe de porte-paroles qui voyaient les allocutions du Commandant Chavez dimanche après dimanche, nous sommes allés voir ce que c’était que cete Salle de Bataille Sociale », raconte Andres Salgado, actuel membre de l’organe exécutif de la commune. « Et depuis lors, nous avons avancé, avancé ».

Le nom choisi pour cette naissante Salle de Bataille Sociale fut « La fille des vainqueurs d’Angostura ». C’est Vladimir Carpio, aujourd’hui parlementaire communal, qui a fait la proposition, approuvée ensuite en assemblée. « Beaucoup de gens ont proposé un nom », explique Andres, « mais celui que nous avons choisi nous a semblé avoir un sens profond, symbolique ».Wladimir Carpio« Au départ, nous ne parlions pas de commune, mais par contre nous devions agir collectivement. Toujours tenter d’unir des forces pour résoudre les problèmes qui sont communs », dit Jovanny Gonzalez, parlementaire du Conseil Communal Ezequiel Zamora et l’un des promoteurs. Gonzalez raconte que durant 2011 et 2012 ils se réunissaient pour lire et débattre sur les lois du Pouvoir Populaire, votées en décembre 2010. Chemin faisant, des organisations communautaires de la paroisse sont venues s’ajouter, jusqu’à atteindre le nombre de 14 Conseils Communaux et trois conseils paysans en 2013, lesquels ont approuvé la charte de fondation et ont formellement donné naissance à la commune.

Agriculture, élevage et pêche

Foto-3-PanapanaComme d’autres régions du pays, cette zone se trouve unie au souvenir du premier « Libertador ». En plus du nom de l’État, la ville qui se trouve à sa tête s’appelle Ville de Bolivar. Il y a deux siècles, en pleines luttes anticoloniales, son nom était Angostura et il y avait à cela une explication géographique simple : il s’agit de l’endroit où la traversée du fleuve Orénoque est la plus courte, car le fleuve se rétrécit. Là cohabitent les familles qui vivent de la pêche avec ceux qui cultivent le sol et élèvent du bétail. La terre est rouge et à certains endroits plus sablonneuse. Il s’agit d’un endroit où prédomine la plaine, avec quelques ondulations de terrains et de nombreux cours d’eau. La géographie n’est pas un obstacle pour les terres agricoles, mais en revanche elle limite la mécanisation. Un peu plus de 3000 hectares peuvent être travaillés de cette façon et les travailleurs communaux s’emploient à inverser la tendance de faible productivité, caractéristique du modèle qu’ils tentent de modifier.

Actuellement on produit du maïs, du piment, des haricots, du manioc doux et amer ; ainsi que des fruits comme la pastèque, le melon, la mangue et la papaye. Par ailleurs les familles ont des petits élevages bovins, porcins, ovins et avicoles. Vladimir Carpio précise qu’environ 35% des terres ne sont pas exploitées parce qu’elles se trouvent aux mains de personnes qui les « laissent en friche » pour les vendre ensuite. « Vous voyez ? Toutes ces terres qui ne servent à rien », montre Carpio, alors que nous roulons vers l’Est sur l’autoroute qui relie Ciudad Bolivar à Puerto Ordaz. « Nous, en tant que Commune, nous allons essayer de les défendre et de les mettre au service de la communauté ».

L’un des projets clé de cette stratégie est celui de l’usine de traitement d’aliment intégral, dont l’exécution se trouve paralysée, selon les travailleurs communaux, du fait de l’absence de réponse de certaines autorités impliquées dans l’octroi des permis. Parmi elles, le Ministère de l’environnement, qui tarde à approuver la déforestation de 15 hectares de terres sur lesquels portera le projet.

En même temps, on promeut une mécanisation croissante qui permettra de semer du maïs, du sorgho et du soja sur 3200 hectares, dans l’idée d’approvisionner l’usine en produits à traiter. Selon leurs estimations, la provision assurée de ces produits rendrait possible la production d’environ 2000 tonnes d’aliments équilibrés par mois, qui peuvent être destinés à engraisser le bétail, augmenter la production de viande et de lait produites. Considérant que l’un des obstacles pour l’augmentation de cette productivité est le manque de machines agricoles, on voit qu’il y a des situations bizarres dans la région. Robert Lopez est parlementaire du Conseil Communal Angosturita et montre avec fierté un tracteur passant la herse sur un terrain communal. La machine d’origine biélorusse, a été récupérée en août 2013. Elle était aux mains d’un grand propriétaire, cédée à celui-ci par un fonctionnaire de l’État national.

« Il y a une certaine peur de l’autogouvernement, même dans quelques secteurs gouvernementaux »

Cet exemple de contradiction entre les Communes et l’État en transition, et d’autres du même type, se succèdent dans les conversations. « Ici, on manque de soutien de la part des institutions », répète Vladimir. « Il y a des maires et des gouverneurs à qui le mot commune  écorche les oreilles, c’est une honte. Vous savez une chose ? Il y a une certaine peur de l’autogouvernement, même dans quelques secteurs gouvernementaux ».

Au fur et à mesure que nous nous rapprochons du fleuve, on voit des communautés plus pauvres. Là, on peut voir des habitations de fortune en roseaux et en terre qui abritent des familles de pêcheurs qui élèvent également des petits animaux et sèment quelques fruits. Jorge Caraballo est l’un des personnages référents de la communauté Los Negritos. En plus d’encourager les semailles de melon, pastèque et potiron, sa principale activité consiste à acheter et vendre du poisson. Le rayado, le dorado, le coro coro, le coporo, la palometa, le paisano, laguitarilla, le huara huara sont quelques-unes des espèces présentes dans l’Orénoque.
Jorge CaraballoPanapana-pezJesus-Caraballo2D’un naturel plutôt réservé, Caraballo cesse d’être bref en paroles lorsqu’il se met à parler du projet piscicole de la commune. Il ôte sa casquette et la remet alors qu’il détaille l’initiative. L’idée est de créer des lacs artificiels dans les zones au bon potentiel de pêche. On y mettra des espèces de poisson originaires de l’Orénoque.

Il s’enthousiasme également lorsqu’il pense à l’autre composante du projet. La proposition consiste à créer une Ecole de Formation Technique Agro écologique. Il précise : « Avec une formation révolutionnaire socialiste, car pour renforcer la Révolution, tu dois former des personnes sur la base de critères socialistes,  qui, lorsqu’ils s’en iront, porteront ce message ». Cependant, le projet se trouve également retardé pour des raisons bureaucratiques, ce qui l’irrite profondément,  de la même façon que toutes les décisions prises sans connaître la communauté et son environnement. « Malheureusement, nous avons des gens qui décident et qui n’acceptent pas des idées réalisables », commente-t-il, résigné pour le moment.

Plus de solidarité et plus d’équilibre

« Tu dois apprendre à vivre dans le socialisme », dit José Hernandez, porte-parole du conseil communal Ribera del tambor, pour expliquer sur la raison pour laquelle, selon lui, la formation idéologique manque de force, situation qui crée parfois des injustices, des tensions et des difficultés.

« C’est que nous sommes en train de construire une société différente de celle qui nous vient de la colonie » ajoute-t-il. « Qu’est-ce que cela signifie ? Renoncer aux vices et aux intrigues. Le socialisme c’est un autre truc. C’est : amour, égalité et respect ».

De même que d’autres travailleurs communaux, Hernandez se plaint du fait qu’il continue d’y avoir une grande quantité de déséquilibres dans la commune. Parmi eux, il mentionne le besoin de logements des communautés comme celles de Los Negritos ou Angostura Cruce de Bolivar. Actuellement, la commune construit 84 logements, mais aucun ne se trouve dans ces secteurs. « Nous demandons 116 autres logements pour répondre aux besoins les plus urgents de la communauté. ». Le transport et la santé sont d’autres projets prioritaires pour les communautés, dans des zones d’accès difficile. Dans ce dernier cas, on travaille pour qu’un module de Barrio Adentro (centre de santé public et gratuit) s’installe dans la zone.

Quant au transport, les habitants et habitantes des communes racontent que les moyens de transport qui circulent sur l’autoroute ne s’arrêtent pas au milieu de leur trajet. C’est pour cela que dans l’immédiat, ils sont contraints de gérer des unités de transport communal qui puissent représenter une alternative à ce problème récurrent et qui fait perdre un temps précieux aux membres des communautés.

Combattant(e)s de l’Orénoque

Emes-Sifonte-Emmes Ventura Sifontes est porte-parole du Conseil Paysan Fortaleza Revolucionaria. Né il y a 49 ans au bord du fleuve, il raconte que dans le secteur on aurait besoin d’un centre d’élevage de double dimension (viande et dérivés) pour lequel a été demandé un soutien initial qui permettrait d’acheter 25 têtes de bétail et de monter les installations pour une étable mécanisée, une fruitière et un abattoir.

On est jeudi matin et dans un moment se réunira de façon extraordinaire le Parlement communal. Alors que la conversation va bon train, nous attendons qu’arrive Yudith Mareno, porte-parole et parlementaire du Conseil communalAngostura Cruce de Bolivar ; c’est le secteur le plus éloigné de l’autoroute et par conséquent où l’on a le plus de problème pour se rendre aux réunions. Emes nous explique : en ce moment, le temps s’est arrêté. « Pour l’heure le processus n’a pas abouti ». « Très peu de gens ont pu en profiter ». Néanmoins, il considère que c’est une avancée que d’y participer, de faire part de ses questions et de construire une commune. Nous en sommes là lorsque Judith apparaît dans la campagne, une femme brune de 46 ans, au large sourire et pleine de détermination. Avec elle et plusieurs camarades, nous nous rendons au Parlement.

S’organiser pour tout ce qui manque

Un peu plus de 40 personnes sont réunies dans l’enceinte d’Oscar Mendoza. Parmi elles, onze femmes. Des chaises en bois et en fer sont disposées en demi-cercle dans le garage de la maison. A une extrémité, la table du Comité Exécutif. Derrière, une banderole où l’on peut lire : « Chavez, cœur de ma Patrie ». Un peu plus bas, une autre affiche, plus petite : « Maduro président, les travailleurs construisent le socialisme ». De l’autre côté, face à la table de l’exécutif, sont affichés au mur des dessins de réservoirs australiens et des connections pour le projet de pisciculture.  Ils constituent les preuves visibles du travail d’organisation qu’ils sont en train de réaliser aux côtés d’un ingénieur de Corpoelec (entreprise publique d’électricité) qui soutient le projet.panapana-4Des dizaines de sacs de ciment empilés témoignent des travaux d’avancement de la Grande Mission Logement.  L’assemblée extraordinaire du Parlement Communal est un moment intense. Un à un, les camarades demandent à figurer sur la liste de prise de parole ; parfois, des interruptions et des affrontements verbaux ont lieu. D’un côté, il y a de la colère face à certains secteurs de l’État, y compris au ministère des Communes, parce qu’ils font traîner inutilement certaines démarches. On mentionne tout spécialement le cas de Fundacomunal, à partir de l’intervention d’une camarade qui affirme qu’elle tente d’enregistrer son conseil communal depuis plus d’un an pour finir par se rallier à la commune selon les règles. Il y a une grande diversité d’opinions sur un sujet puis sur un autre : les projets socio-productifs, la relation politique avec le gouverneur et le maire et finalement, la possibilité d’incorporer de nouveaux conseils communaux qui jusqu’alors n’avaient aucune vie à Panapana socialiste, et même la méthode pour rendre les sessions plus opérationnelles. Dans ce cadre, la matinée passe vite tandis qu’on avance dans l’ordre du jour. Trois conseils communaux sont acceptés par le Parlement comme membres à part entière.JudithLors de la clôture, nous échangeons quelques propos avec Judith Moreno, la parlementaire d’Angostura Cruce de Bolivar, avant qu’elle ne reprenne son long retour chez elle. Yudith vous regarde droit dans les yeux et l’on ne peut douter du cœur qu’elle met dans ses paroles. « Pour moi, Chavez est vivant », répond-elle au sujet de l’absence-présence du Commandant. «  Chaque fois que je me lève et que je dois sortir dans la rue, je sens que mon président est là », dit-elle émue. Elle sait que la lutte est remplie de pièges, qu’arriver aux sessions de la commune fait partie des défis qu’il faut surmonter. Elle raconte que dans des occasions antérieures elle a dû éviter des couleuvres, des ours et des singes araguatos. Ce n’est pas une métaphore. « De chez moi à l’autoroute, je marche 9 kilomètres où il y a de tout », explique la porte-parole. Pour couper, elle doit faire une partie du chemin en traversant un fleuve avec de l’eau jusqu’à la poitrine. Sinon, comme pour cette fois, elle marche sur presque deux mille mètres pour qu’une petite embarcation- une curiara- la rapproche de la rive proche du champ d’Emes et de là, se remettre en chemin sur plusieurs kilomètres.  Au Parlement où il n’y a presque que des hommes, Yudith est une des exceptions qui sont en train de changer l’histoire. « Je suis la combattante qui se bouge, hein » ; je vais là où je dois aller avec mon guide devant », affirme-t-elle. D’une voix posée, elle explique les manques en matière de logement, de viabilité, de transport, d’eau potable, de santé. Ses attentes passent par l’apport de solution à cette dette historique qui a traversé toute sa vie, gouvernement après gouvernement. «  Voir à quel point ma communauté me donne la force de continuer tous les jours dans cette lutte », ajoute-t-elle. Aujourd’hui elle a un projet et elle souhaite le mener à bien avec les autres communautés. « Avec la Commune, on est en train de réaliser des choses qu’on avait jamais vues. »

Texte : Fernándo Vicente Prieto. Photos : Oscar Arrias

Source : http://www.mpcomunas.gob.ve/desde-bolivar-para-que-gobierne-el-pueblo/

Traduction : Sylvie Carrasco

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Par Tourtaux - Publié dans : Venezuela - Communauté : Syndicalisme
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Mardi 19 août 2014 2 19 /08 /Août /2014 07:44

VENEZUELA : UN NOUVEAU MOMENT POLITIQUE

descargaPar Juan Manuel Karg, Licencié en Sciences Politiques et Master en Études Sociales Latino-Américaines UBA (Université de Buenos Aires), @jmkarg

On a beaucoup parlé au début de 2014 de la situation politique et sociale du Venezuela face aux violences qui visaient (une fois de plus) à déstabiliser le gouvernement de Nicolas Maduro (1). Ce plan, que ses dirigeants conservateurs avaient baptisé “la Sortie” (celle du président Maduro, NdT), connaît un destin paradoxal quelques mois plus tard avec la démission de Ramón Guillermo Aveledo, secrétaire général de la “Plate-forme d’Unité Démocratique” (MUD), principale organisation de la droite et d’opposition au gouvernement bolivarien. Quel moment politique vit le Venezuela ? Qu’a défini le récent congrès du Parti Socialiste Unifié du Venezuela (PSUV), parti au pouvoir ? Que va tenter à présent l’opposition à Maduro ?

 ______________

“Il parlaient de ´La Sortie´, et ce sont eux qui ont fini par sortir”, ironisait récemment Nicolás Maduro au cours de son programme radio et télévisé “En ligne avec Maduro”, à propos de la réalité politique de la droite vénézuélienne. A quoi faisait-il allusion ? A la démission de Ramón Guillermo Aveledo comme secrétaire général de la MUD, plate-forme qui a porté par deux fois la candidature présidentielle de Henrique Capriles. Selon Maduro, ce sont les secteurs d’extrême droite au sein de la MUD qui auraient poussé Aveledo vers la sortie à la suite de sa participation aux dialogues successifs impulsés par le gouvernement bolivarien après les violences de février et de mars.

L’opposante María Corina Machado, une des faces visibles de l’opération “Sortie” avec Leopoldo López (2) est en train d’organiser ce qu’elle appelle un “congrès citoyen” qui vise à construire, de nouveau, une force externe à la MUD. Machado représente l’aile dure et radicale de la droite vénézuélienne, qui ne veut faire aucune “concession” à Maduro. Son discours se base en priorité sur le thème de la sécurité, reléguant au second rang les thèmes de la structure productive du pays et de la participation populaire dans les prises de décisions.

Le récent IIIème Congrès du Parti Socialiste Uni du Venezuela (PSUV) a fait preuve d’une solidité croissante comme parti politique, se rassemblant derrière la figure de Nicolás Maduro par ailleurs élu président du parti. Oubliées les lettres de l’ex-ministre Giordani, copieusement relayées par les médias les plus conservateurs du pays dans le but de générer des fissures au sein du parti au pouvoir. Le PSUV a décidé lors de cette assemblée nationale de poursuivre le débat politique commencé il y a un an dans les près de 14 mille UBCH locales (Unités Bolívar Chávez). En outre, les documents émanant du Congrès soulignent que “le monde multi-centré, multipolaire, et l’union latino-américaine et caraïbe garantissent la paix et l’équilibre sur la planète”, font référence au récent sommet UNASUR-BRICS (3) qui s’est tenu au Brésil et indiquent la volonté du PSUV de renforcer ses liens avec d’autres partis au pouvoir dans les pays qui mènent des politiques post-néolibérales.

A présent les vénézuéliens assistent à l’approfondissement de la division de la droite, un phénomène qui n’est pas tout à fait nouveau : en février on pouvait noter clairement deux tendances face aux violences qui ont tenté de renverser le gouvernement Maduro. La situation semble aujourd’hui la même mais dans des proportions plus importantes : alors que Capriles annonce une tournée nationale en solo, Machado choisit de construire un “congrès citoyen” sans la MUD et Aveledo refuse d’expliquer les motifs de sa démission du secrétariat général. Bref, la droite est entrée dans une guerre d’egos et d’objectifs quant au futur du pays.

Sans doute, à l’heure d’écrire ces lignes, un des principaux défis qu’affronte le gouvernement est-il de mettre fin à la croissante spéculation économique impulsée par les grands groupes privés. Freiner cette politique – qui inclut des problèmes d’approvisionnement dans certains lieux et des hausses artificielles des prix – figure à l’agenda d’une droite de nouveau morcelée mais qui tentera par la voie économique ce qu’elle n‘a pu atteindre par la voie politique. Elle cherchera ainsi à saper la base sociale d’un gouvernement qui garde l’appui des majorités populaires, bénéficiaires de la plupart des politiques mises en oeuvre depuis son arrivée au pouvoir.

J-M. Karg, Caracas

Source : ALAI-AMLATINA, 18 août 2014, http://alainet.org/active/76267

Traduction : Thierry Deronne

Notes :

(1) Bien que 7 % seulement des personnes arrêtées pour meurtres ou violences étaient des étudiants et que cette opération partait des quartiers riches de Caracas ou de la frontière avec la Colombie, la plupart des journalistes occidentaux relayèrent la version des médias privés vénézuéliens : celle d’une¨révolte étudiante contre la vie chère¨ face à un ¨État répressif¨, faisant de la dirigeante d’extrême droite Maria Corina Machado une égérie de la ¨lutte pour la démocratie¨. Le président Rafael Correa avait déclaré : la vérité est que c’est le gouvernement légitime du Venezuela qui est persécuté, que Nicolas Maduro est un humaniste, qu’il ne serait jamais capable de réprimer son peuple, et qu’on tente de le déstabiliser”.

(2) Lire C’est l’heure d’anéantir Maduro, le reste tombera de son propre poids” : les visages du coup d’État” http://bit.ly/1mMdwCv

(3) Lire “Le BRICS, l’UNASUR et la CELAC dessinent une nouvelle carte du monde multipolaire, http://wp.me/p2ahp2-1yN

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Face à la contrebande massive qui est en partie à l’origine des pénuries actuelles au Venezuela, le gouvernement Maduro a lancé l'"Operación Centinela", conjointement avec le gouvernement de Juan Manuel Santos. Déployés à la frontière avec la Colombie, 18 mille soldats ont récupéré en quelques jours des milliers de tonnes et de litres de carburants, huiles, aliments, ciment, alcools, médicaments,  etc… Selon les estimations, ce vaste système mafieux qui a recours aux voies aérienne, fluviale et terrestre, nourrirait près de 10 millions de personnes en Colombie.

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Vendredi 15 août 2014 5 15 /08 /Août /2014 10:36

Le Venezuela est un pays fantastique

par Bernard Tornare 14 Août 2014, 21:36

Le Venezuela est un pays fantastique

 

La fusion si rare d'un homme et d'un peuple. En 2009 à Copenhague, Chávez déclare: Si le climat était une banque, les pays riches l'auraient déjà sauvé. Difficile de résumer mieux la politique occidentale depuis un siècle...

Le Venezuela possède le 3e PIB sud américain mais cette valeur ne reflète pas le poids réel d'un pays, son influence culturelle et politique, d'autant qu'en revenu par habitant il est désormais au niveau du Brésil et du Mexique. Malgré les critiques permanentes des médias occidentaux hostiles à son ex-dirigeant Hugo Chávez, le pays revient pourtant de loin et il faut avoir été sur place, connaître aussi les pays voisins pour constater avec admiration (le mot n'est pas trop fort) le chemin parcouru.

Avant Chávez, le Venezuela vit dans un univers colonial avec ses excès, des grands propriétaires s'accordant tous les droits, avec encore des milices armées matant, en toute impunité, une population exploitée dans le cadre d'un pillage en règle du pays. Cet anachronisme au service d'une élite locale totalement américanisée et organisant l'exportation des ressources sans la moindre préoccupation du développement du pays est encore le rêve de certains dans les deux régions urbaines sous contrôle de l'opposition. N'imaginez pas que je caricature, car il y a quelques années, on voyait encore, comme en Inde, des vieillards mourir de faim dans la rue. Il s'agit donc après la disparition de l'icône Chávez, homme qui avait su réaliser un sage syncrétisme de nationalisme, de christianisme, de marxisme, en harmonie charnelle avec la population, d'un défi de taille pour son bras droit et successeur.

Nicolás Maduro Moros est élu, certes, mais avec 50,62 % des voix seulement face à la formidable machine médiatique, électorale d'une opposition impatiente de retrouver ses privilèges et qui disposes des moyens illimités du grand frère américain. Des moyens légaux mais aussi ceux autorisés par le terrorisme et la mafia qui est, malgré les années, toujours très présente au sein de la société car largement constituée des bandes qui hier au service des compagnies privées ne se sont pas empressées de chercher un emploi plus légal mais moins lucratif.

Hugo Chávez sur lequel on vous demandera souvent votre avis si vous traversez le pays fut président du Venezuela de février 1999 à sa mort en mars 2013. Il a remporté toutes les élections avec 60 % des voix environ depuis celle qui l'a porté au pouvoir. Ces élections ont été unanimement reconnues comme un processus transparent, équitable, démocratique par l'Organisation des États américains, l’Union européenne, l’Association des juristes latino-américains et la Fondation Carter. Si le fait de critiquer ne vous attirera pas d'ennuis, il pourra vous entrainer dans des discussions interminables avec une population passionnée par la politique et qui entend en parler haut et fort ce qui est rare en Amérique du Sud où, souvenir des dictatures oblige, on est souvent discret à ce sujet.

Quelque soit votre avis, vous pourrez toujours vous en sortir en constatant des réussites impossible à nier dans le domaine éducatif ou dans celui de la santé très inspiré du modèle cubain cité en exemple chaque année par l'OMS et l'ONU. Autre succès local, la disparition de la lourde dette qui, il y a 15 ans, absorbait 50 % du budget national avec son remboursement et les intérêts. Elle est depuis longtemps payée. Le français se fera tout petit connaissant la pitoyable et criminelle soumission de son propre pays en ce domaine.

Avec fierté le Venezuela a aussi quitté le FMI et la Banque mondiale le 30 avril 2007 après avoir remboursé dès cette dette remboursé en totalité. Un atout qui laisse entrevoir un avenir productif au sein des BRICS à moyen terme.

A partir de 2007, Chávez a demandé puis obtenu des pouvoirs spéciaux qui grâce à une loi d'habilitation révolutionnaire permettant le gouvernement par décrets. Ces pouvoirs spéciaux sont limités à des opérations à caractère social dont la réforme agraire (récupération et distribution de toutes les terres non ou mal exploitées à des coopératives) et à la reprise par achats des services publics et industries stratégiques largement privatisées dans les dernières décennies auprès d'amis du pouvoir ou de compagnies étrangères (électricité, eaux, télécommunications, industrie pétrolière et minière : fer, aluminium or et diamants). Cette politique (on notera qu'elle est strictement l'inverse de la politique de l'Union Européenne encouragée par le FMI qui ruine l'Europe tout en faisant exploser le chômage et s'effondrer le pouvoir d'achat des ménages). L'avenir nous dira si la souveraineté du Venezuela résistera aux terribles pressions extérieures.

Ce billet est l'extrait de la partie politique de l'article Venezuela, Salto Angel en panorama 360° du site http://www.upgrade-pc.fr/

 

Avec ses centaines de kilomètres de plages paradisiaques, des fonds marins préservés, ses réserves en pétrole équivalente à celles de l'Arabie Saoudite, sa faune, sa richesse culturelle, le Venezuela est la proie rêvée de tous les prédateurs.

 

Avec ses centaines de kilomètres de plages paradisiaques, des fonds marins préservés, ses réserves en pétrole équivalente à celles de l'Arabie Saoudite, sa faune, sa richesse culturelle, le Venezuela est la proie rêvée de tous les prédateurs.

 

 

Le Venezuela a aussi son opposition qui contrôle 2 régions. Militante d'un capitalisme populaire mâtiné de trotskysme (décidément), de communautarisme, Maria Corina Machado amie du Président Bush, divorcée, elle a trois enfants qui font leurs études... aux États-Unis. "Nous sommes du bon côté de l'histoire" aime t-elle à dire. Apparemment, les urnes vénézuéliennes et bien des populations sur la planète ne semblent pas du même avis.

 

 

Le Venezuela a aussi son opposition qui contrôle 2 régions. Militante d'un capitalisme populaire mâtiné de trotskysme (décidément), de communautarisme, Maria Corina Machado amie du Président Bush, divorcée, elle a trois enfants qui font leurs études... aux États-Unis. "Nous sommes du bon côté de l'histoire" aime t-elle à dire. Apparemment, les urnes vénézuéliennes et bien des populations sur la planète ne semblent pas du même avis.

 

 

Le 6e sommet des BRICS été 2014 avec Nicolas Maduros qui persiste dans le renforcement des liens CELAC-UNASUR-BRICS (pays sud-américains et Caraïbes) annonce l'émergence pacifique d'un monde multipolaire qui pourrait entrainer rapidement la mort du dollar et des ambitions planétaires américaines d'où une certaine fébrilité en Ukraine et en Irak.

 

 

Le 6e sommet des BRICS été 2014 avec Nicolas Maduros qui persiste dans le renforcement des liens CELAC-UNASUR-BRICS (pays sud-américains et Caraïbes) annonce l'émergence pacifique d'un monde multipolaire qui pourrait entrainer rapidement la mort du dollar et des ambitions planétaires américaines d'où une certaine fébrilité en Ukraine et en Irak.

 

Par Tourtaux - Publié dans : Venezuela - Communauté : Syndicalisme
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Mercredi 13 août 2014 3 13 /08 /Août /2014 20:05

Au Venezuela et en Amérique Latine “nous sommes tous la Palestine”.

Venezuela, 12 août 2014. Le Ministre des Relations Extérieures de Palestine Riad Malki, accompagné de l’Ambassadrice de Palestine au Venezuela Linda Sobeh Alí et du Chancelier vénézuélien Elías Jaua assistent au départ de l'avion aux couleurs de l'ALBA emportant 12 premières tonnes d'aide humanitaire à destination de la Palestine.

 

Venezuela, 12 août 2014. Le Ministre des Relations Extérieures du Venezuela Elías Jaua, son homologue palestinien Riad Malki, accompagnés de l’Ambassadrice de Palestine au Venezuela Linda Sobeh Alí, assistent au départ de l’avion aux couleurs de l’ALBA emportant 12 premières tonnes d’aide humanitaire à destination de la Palestine.

 

AVIONVous avez dépassé tout ce que nous attendions d’un peuple aussi éloigné de la Palestine mais si proche de sa lutte. Nous sommes témoins de votre appui, de la solidarité, de la mobilisation qui émanent des principes de la Révolution Bolivarienne impulsée le président Chavez”. C’est par ces mots que le Ministre des Relations Extérieures de Palestine Riad Malki, accompagné de l’Ambassadrice de Palestine au Venezuela Linda Sobeh Alí, a salué l’envol depuis l’Aéroport International Simón Bolívar de 12 premières tonnes d’aide humanitaire à destination de sa patrie.

Comme ailleurs sur le continent, en Équateur notamment, cette aide a été rassemblée en huit jours de collectes citoyennes – syndicats, mouvement sociaux, personnes ont apporté leurs dons dans des centres ouverts dans tout le pays : aliments non périssables, médicaments, vêtements, matériels de campement, eau potable, destinés aux deux millions de personnes déplacées dans la Frange de Gaza.

 

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Le chancelier Riad Malki a rappelé que l’offensive militaire israëlienne laisse à ce jour près de 2000 morts avec 80 pour cent de victimes civiles dont 437 enfants et 243 femmes, 10 mille blessés, 17 hôpitaux totalement détruits, 141 écoles endommagées, 11 mille maisons détruites totalement et 32 mille détruites partiellement. La seule centrale électrique, les réseaux d’électricité et d’eau potable ont été détruits également.

Nous ne faisons que notre devoir, a répondu le chancelier Elias Jaua, l’article 152 de la Constitution Bolivarienne déclare que notre politique extérieure est basée sur le principe de la solidarité internationale et l’appui aux peuples qui luttent pour leur émancipation”. Jaua a précisé qu’un autre avion décollera jeudi avec plus de quinze tonnes de matériel chirurgical et que des équipes médicales vénézuéliennes se préparent à rejoindre la Palestine.

Autre point des réunions de travail avec le chancelier Malki : l’accueil dans les jours prochains au Venezuela d’orphelins palestiniens. Le 5 août dernier, à la demande du président Nicolas Maduro, le chancelier Elías Jaua avait rencontré à l’hopital Nasser, en Égypte, des rescapés des massacres perpétrés par l’armée israëlienne. En accord avec les autorités égyptiennes, le Croissant Rouge local et avec l’appui de l’ACNUR (ONU) et de l’UNICEF, le Venezuela s’apprête à accueillir ces enfants qui ont perdu leur famille – “Le centre d’accueil est prêt, pour qu’ils puissent recevoir tout l’amour et les soins médicaux nécessaires, et vivre chez nous le temps qu’il faudra jusqu’à ce qu’ils puissent rentrer dans leur Patrie. Les enfants compteront sur l’appui d’un personnel volontaire, de médecins et de femmes de la communauté arabe et palestinienne au Venezuela” a expliqué Elías Jaua. La population vénézuélienne se mobilise pour préparer leur arrivée : des dizaines d’artisans de tout le pays ont fabriqué des jouets à leur intention.

Artisans vénézuéliens fabriquant des jouets pour les orphelins palestiniens bientôt accueillis au Venezuela.

Artisans vénézuéliens fabriquant des jouets pour les orphelins palestiniens bientôt accueillis au Venezuela.

 

Le chancelier Malki se trouve depuis lundi au Venezuela pour le suivi des accords de coopération signés en mai 2014 entre les présidents Mahmoud Abbas et Nicolas Maduro, et qui prévoient notamment notamment la fourniture de pétrole à la Palestine (1). Le gouvernement bolivarien vient par ailleurs de décider d’accroître le nombre d’étudiants palestiniens au Venezuela en multipliant les bourses d’État : 200 jeunes pourront ainsi suivre des études de médecine dès 2015.

Après avoir insisté au sein du Conseil des Droits Humains à Genève sur l’urgence de dépêcher à Gaza une commission d’enquête de l’ONU (2), le Venezuela, comme pratiquement tous les gouvernements et les mouvements sociaux d’Amérique Latine, maintient la pression diplomatique pour mettre fin aux crimes de guerre et aux crimes contre l’humanité commis contre le peuple Palestinien. Plusieurs pays de la région ont rappelé leurs ambassadeurs (3), ce qui a provoqué une réaction agressive du gouvernement israëlien traitant le Brésil de “nain diplomatique” et le président de l’Uruguay de “menteur”. La réunion de l’UNASUR, composée des douze États d’Amérique du Sud, prévue le 21 août à Montevideo, reviendra sur ce thème.  “Pour ce sommet nous travaillons avec plusieurs chanceliers en vue d’effectuer un nouvel appel de tous les pays d’Amérique Latine à l’arrêt des attaques militaires contre la population civile et au retour à un dialogue sans conditions, position déjà exprimée par le Mercosur. En tant que République Bolivarienne nous allons proposer une solution structurelle au conflit” a indiqué le Ministre des Relations Extérieures Elías Jaua.

 

Manifestation de solidarité avec la Palestine, Caracas, 2 août 2014
 

Manifestation de solidarité avec la Palestine, Caracas, 2 août 2014

Parallèlement, de Santiago à La Paz ou à Managua, les mouvements sociaux multiplient les manifestations de solidarité avec le peuple de Palestine et exigent que cesse l’impunité des criminels de guerre. Ce mercredi 13 août Caracas accueillera une nouvelle manifestation sur le thème “Nous sommes tous la Palestine” en présence des chanceliers palestinien et vénézuélien. Une initiative qui s’ajoute aux innombrables mobilisations organisées dans le monde entier et qui renforcent l’isolement d’Israël et de ses alliés états-unien et européens face à la communauté internationale.

Thierry Deronne, Caracas, le 13 août 2014.

 

Notes:

(1) Sur les récents accords de coopération entre Palestine et Vénézuéla, voir ¨Mahmoud Abbas : le Venezuela nous a permis de briser le monopole d’Israël sur notre économie¨, http://bit.ly/1jEeYSu

(2) Voir "Le Venezuela condamne les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité massifs commis par Israël contre le peuple palestinien", http://wp.me/p2ahp2-1yg

(3) Le président Chávez avait déjà rompu les relations diplomatiques avec Israël en janvier 2009, à la suite d’une agression semblable contre la population de Gaza : 19 jours de bombardements continuels avaient fait un millier de victimes et détruit une grande partie de l’infrastructure.

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Samedi 9 août 2014 6 09 /08 /Août /2014 09:37

L’héritage de Chávez, les communes.

Dans son offensive nationale et internationale, la vulgate de la droite médiatique voulait faire croire que la disparition de Chavez entraînerait la lente dissolution de la révolution bolivarienne. En réalité, c’est en ce moment que son principal héritage commence à déployer ses ailes.
 

Par Mario Sanoja et Iraida Vargas *

 

 

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On a beaucoup parlé, beaucoup écrit sur l’héritage de Chavez, or ce n’est qu’aujourd’hui que, sous l’impulsion du Président Maduro et de son équipe, commence à s’incarner son idée centrale pour transformer la société vénézuélienne. Dès 2007, Chavez expliquait : “Tous les moteurs constituants sont tributaires ou convergent vers le cinquième (moteur), qui est le plus grand, le plus puissant, le moteur essentiel. Lequel ? L’explosion révolutionaire du pouvoir communal, les conseils communaux… ” (Chávez 2007: 40).

Le Capital est encore profondément inscrit dans tous les secteurs de la culture et de la société vénézuéliennes, capable de dominer et d’influencer en sa faveur le processus de reproduction sociale, tout en étant incapable de résoudre les problèmes et les contradictions qu’entraîne son activité. Abolir ou au moins neutraliser les institutions spécifiques qui font l’hégémonie du capitalisme, doit être, est, le premier pas révolutionnaire dans la construction d’un nouveau bloc historique de pouvoir représenté par la future société et son État socialiste et communal.

Le système communal socialiste déjà existant et qui s’appuie sur les traditions des peuples originaires, constitue la forme spatiale concrète qu’acquiert la résistance populaire au capitalisme, fondée sur l’accumulation de connaissances et d’expériences, la structure sociale et spatiale des forces et de ses acteurs, l’enracinement dans la communauté et dans l’identité culturelle de classe.

A partir de la première décennie du vint-et-unième siècle, la construction d’une société communale socialiste exige que nous produisions une nouvelle cartographie de l’espace national avec les variables fondamentaux du pouvoir communal – les conseils communaux, les communes intégrées avec les réseaux socio-productifs et les missions sociales, pour articuler la chaîne de valeur des matières premières et diversifier la production au service des besoins économiques et sociaux de la population. Ces réseaux transversaux qui représenteraient une alternative post-capitaliste fonctionneraient comne un tissu de connections qui recouperait les centres urbains, stimulant la circulation, la distribution et la consommation de biens et de valeurs (Voir Vargas-Arenas y Sanoja 2014: en préparation).

 

 

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Jusqu’à présent le projet révolutionnaire a eu pour référence centrale la dimension macro-économique. Des esprits éclairés comme D.F. Maza Zavala avaient anticipé qu’au XXIème siècle l’aire de propriété purement étatique devrait être limitée par le développement d’autres formes avancées de propriété sociale, commune ou collective, que nous pourrions assimiler à l’actuel système communal. Maza considérait comme souhaitable que l’État conservât la propriété et le contrôle des activités productives basiques, mais observait que “la socialisation qui est par essence la domination du social par la société, exige la participation collective dans la prise de décisions, le contrôle des intérêts publics ou sociaux par des organisations et des dispositifs institutionnels de type populaire : approfondir la démocratie, éradiquer les élites de pouvoir et le pouvoir des élites, pour développer en leur place le pouvoir populaire” (Maza Zavala 1985: 135-136).

La dimension macro-économique du modèle qui a dominé le processus bolivarien a été affectée par l’actuelle crise du capitalisme, parce qu’elle n‘a pas pu dissocier l’économie et la société vénézuélienne du marché capitaliste promu par l’Empire mais, au contraire, a accru notre dépendance de ce marché. Le processus de socialisation, les communes, ce dont nous parlait Maza Zavala, a pris un nouvel élan sous le gouvernement du Président Maduro.

 

 

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La soi-disant crise de la révolution bolivarienne semblerait plutôt être un changement de front, une réorientation stratégique du processus en vue d’octroyer un rôle central aux communes, d’où la restructuration du gouvernement entamée par le président (1), discutée par les mouvements sociaux ou lors du récent congrès du Parti Socialiste Unifié du Venezuela (PSUV).

La révolution bolivarienne a besoin de revoir son modèle économique, dont une bonne part est héritée des théories économiques de la vieille gauche vénézuélienne depuis les années 1950. Il est important d’évoquer la crise laborale que traversent les entreprises de Guayana et de rappeler à ce propos l’idée de l’économiste eurochaviste Luciano Vasopollo (224:BCV 2013) pour qui il faut différencier nationalisation et socialisation de la gestion économique : la disparition de la propriété privée – dit-il – n’implique pas sa socialisation immédiate.

La nationalisation des secteurs stratégiques (énergie, communications, transport, etc.), apporte des ressources nécessaires pour impulser une stratégie de redressement productif à court terme. Cependant, soutient Vasopollo, la propriété étatique ne garantit pas per se le contrôle des travailleurs(ses) sur leur propre travail ni ne garantit le socialisme.

Si le monopole d’État n’est pas contrôlé directement par les organismes populaires, comme le plaidait également Maza Zavala, celui-ci pourrait retomber dans l’autoritarisme syndical mafieux, le bureaucratisme sydical contre-révolutionaire et inefficace comme c’est le cas au sein des entreprises basiques de Guayana. Sans contrôle démocratique de la part des organismes populaires, la propriété d’État finit par créer et privilégier une nouvelle classe sociale qui surgit du monopole de la gestion étatique des moyens de production (Álvarez 2003; Idem 2010: 58-74).

Comme le note également Vasopollo “… Ce n’est que lorsque s’effectue le contrôle social du processus de production, que la possession des moyens de production est exercée par les unités productives elles-mêmes et que celles-ci, depuis leur environnement immédiat, prennent des décisions sur les investissements et sur le changement technologique, qu’on peut parler d’une autonomie relative de ces unités, autonomie qui peut être accompagnée – ou non – de la condition correspondante de “sujet juridique” …”

Le socialisme, à quelque niveau que ce soit, dit Vasopollo, ne peut être pensé ni construit s’il n’est fondé sur une base solide de démocratie directe qui permette de concevoir la planification sur la base de la connaissance directe des besoins individuels et collectifs (sociaux, d’entreprises, environnementaux, etc.), s’incarnant dans des processus tels que le président Maduro les a baptisés : gouvernement de rue et dialogue sur la production avec les petits et moyens entrepreneurs.

Pour mettre en marche les critères de l’efficacité micro-économique, il serait nécessaire que le gouvernement révolutionnaire dessine et mette en pratique la création d’une culture du travail appropriée, basée sur des valeurs sociales de solidarité collective qui s’oppose à l’opportunisme syndical et au consumérisme individuel qui sont à la base du capitalisme. De la même manière, poursuit Vasopollo, il est non seulement nécessaire de changer la forme et le contenu des fonctions d’utilité micro-économique, en maintenant par exemple la possibilité de répartir le temps de vie entre travail et loisir, mais aussi d’élargir les possibilités qu’a la population de choisir des alternatives autour de ce  thème.

 

 

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Construire le socialisme, toujours selon Vasopollo, c’est promouvoir un changement d’hégémonie culturelle qui inverse les liens de causalité entre économie et politique “…comme on est déjà en train d’en faire l’expérience entre pays de l’ALBA…”redéfinir le discours politique à partir de la centralité de la planification socio-économique…” (BCV 2013: 802), en l’orientant vers un modèle de développement socio-économique auto-déterminé, autogestionnaire, centré sur les ressources et les économies locales et qui valorise en même temps les traditions culturelles et productives, renonçant à importer tant de marchandise inutile qui ne sert qu’à un système de consommation à outrance et insoutenable.

En somme il s’agit de créer la société communale car le passage d’un mode de production à l’autre, à la société post-capitaliste, dit Vasopollo, suppose fondamentalement la présence organisée d’une subjectivité révolutionnaire, exprimée dans le cas vénézuélien par la commune.

La création d’une nouvelle hégémonie culturelle requiert de manière incontournable l’élargissement des espaces politiques où les processus participatifs qui impulsent les processus autodéterminés et autogestionaires puissent s’exprimer avec plénitude : les communes, les conseils communaux, les conseils de travailleurs, les conseils paysans, les conseils étudiants, etc., semences d’une démocratie authentiquement participative, du pouvoir populaire constituant, de la nouvelle société socialiste vénézuélienne (Álvarez 2010: 145-158).

 

 

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En ce sens il est nécessaire de considérer la pertinence d’un système politique de représentation comme celui développé par le PSUV dans lequel les délégué(e)s, porte-paroles des Unités de Bataille Bolívar Chávez (UBCH) doivent se maintenir à tout moment au contact de leurs bases pour guider et orienter le travail et éviter le bureaucratisme.

Le modèle d’intégration civico-militaire vénézuélien, dont l’artisan fut le président Chávez, a joué un rôle de stabilisation fondamental face à l’insurrection armée de secteurs de l’extrême droite vénézuélienne. Selon la nouvelle doctrine militaire vénézuélienne, en cas d’urgence nationale, les forces armées ne resteraient pas les bras croisés à attendre que l’envahisseur ou l’ennemi intérieur agisse contre la révolution mais déploieraient une guerre de résistance populaire appuyée sur le système communal. C’est pour cela que les contigents réguliers ou les forces liées au système communal doivent sentir qu’ils défendent la souveraineté nationale et qu’ils sont aussi les constructeurs actifs du socialisme vénézuélien.

* Anthropologues et historiens vénézuéliens.

Note

(1) Voir “Le Venezuela accélère la transformation du pouvoir citoyen en gouvernementhttp://venezuelainfos.wordpress.com/2014/07/24/le-venezuela-accelere-sa-%C2%A8transformation-du-pouvoir-citoyen-en-gouvernement%C2%A8/


Références citées:

- Álvarez R, Víctor. 2003. Hacia donde va el modelo productivo. Centro Internacional Miranda. Caracas,
-Álvarez R., Víctor. Del Estado Burocrático al Estado Comunal. Centro Internacional Miranda, Caracas,
-Chávez Frías, Hugo. 2007. Poder Popular: Alma de la Democracia Revolucionaria. Gobierno Bolivariano de Venezuela, Caracas.
– Maza Zavala, D.F. 1985. Ensayos sobre la Ciencia y la Política Económica. Academia Nacional de Ciencias Económicas. Serie Ensayos. Caracas.
-Vargas-Arenas, Iraida y Mario Sanoja Obediente. 2013. Lectura geohistórica de Venezuela. El espacio Nacional y la Sociedad Comunal Socialista. Primera edición. Caracas. Segunda edición revisada, corregida y aumentada (en preparación).
-Vasopollo, Luciano. 2013. Análisis de los Sistemas Económicos. Banco Central de Venezuela, Caracas

Traduction : Thierry Deronne

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Dimanche 3 août 2014 7 03 /08 /Août /2014 08:41

bp_07142014_002.jpgOn assiste à une « lutte pour une nouvelle répartition de la rente pétrolière »

 

Article du Parti communiste vénézuélien



Traduction JC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Le secrétaire-général du Parti communiste, Oscar Figuera, considère qu'il existe de « nouveaux riches parasitaires » qui cherchent à imposer une vision réformiste.



Pour le Parti communiste du Venezuela (PCV), le pays est en plein débat entre réforme et approfondissement de la révolution.



Le secrétaire-général du parti et député, Oscar Figuera, a affirmé que « face à la menace du fascisme et du réformisme », il est urgent d'approfondir les « processus révolutionnaires ».



Le PCV, dans sa conférence de presse, a mis en garde sur la « menace fasciste » et les « courants réformistes » qui ne cherchent pas à approfondir le processus mais qui « tentent de construire des mécanismes de conciliation, des politiques de collaboration » qui font retomber la crise capitaliste sur les épaules des travailleurs.



Il y a, souligne Figuera, une « option réformiste » qui suppose de céder face au capital « indépendamment de la phraséologie révolutionnaire utilisée ».



Et il y a, selon cette analyse, un troisième secteur, celui de la bourgeoisie pro-impérialiste, « associé avec le capital trans-national, qui propose la recomposition de sa domination ».



Une nouvelle lutte pour la répartition de la rente



Le PCV soutient qu'il y a, actuellement, une lutte pour une nouvelle répartition de la rente pétrolière. C'est « la lutte de différentes factions de pouvoir » comme la bourgeoisie et la nouvelle bourgeoisie parasitaire qui « a fait son apparition ».



Pour Figuera, une partie de l'affrontement vient du fait qu'il y a des « groupes économiques puissants qui surgissent, parlant de socialisme, mais qui ne sont pas socialistes », et ils sont engagés dans une lutte pour la distribution de la rente pétrolière.



En ce sens, il considère qu'il y a de « nouveaux riches parasitaires » qui chercheraient à imposer une vision réformiste.



Face à cela, « il est nécessaire de porter une politique ouvrière-populaire » et « une proposition capable d'empêcher que les accords à la table de négociation ne servent les intérêts du capital ».



Il est nécessaire d'avancer vers la « concrétisation d'une rupture réelle dans le mode de production capitaliste », ce qui ne va pas arriver par la « voie graduelle ».



Il estime que d'autres menaces se trouvent dans les critères pour appliquer un « ensemble d'ajustements, de mesures économiques » qui, si elles venaient à être appliquées « impliqueraient une baisse du coût de la force de travail ».



Il a énuméré des questions telle que la « dévaluation possible » et l'endettement.



« Ce n'est pas vrai que l'on puisse jouer sur les deux tableaux », juge Figuera, qui a insisté sur le fait qu'il n'écarte pas que puissent être mises en œuvre des mesures qui toucheront l'emploi, le salaire et le développement productif. Il a également critiqué le fait qu'il n'y ait pas de direction collective.



Le dirigeant a rappelé que son parti a appelé le Congrès national à lancer un processus de débat, de révision des politiques menées et d'auto-critique.



Il a souligné que c'est en 2007 qu'a commencé – à son avis – l'affaiblissement du soutien populaire à l'exécutif qui, s'il n'était pas inversé, pouvait mener à un « recul historique ».



Le porte-parole a clarifié les choses, le parti communiste ne « cherche pas de postes ni de prébendes », car son rôle est d'être une force transformatrice. Le PCV, note-t-il, se maintiendra comme organisation « autonome, critique et de proposition ».



Contradictions capital-travail dans le pays et dans le monde



Le PCV estime que, dans le contexte international, « le développement des contradictions historiques se poursuit », comme celle du capital-travail, des nations et de l'impérialisme.



Selon Figuera, le capitalisme et les puissances impérialistes « sont une menace objective à l'existence de l'humanité », ce en quoi les forces progressistes posent la nécessité de renforcer les organisations révolutionnaires et les gouvernements qui, tout en étant capitalistes, résistent à l'impérialisme, a-t-il résumé.



L'impérialisme « déploie une ligne de recomposition de sa domination », a-t-il averti. C'est dans ce contexte que se situent les événements en Ukraine, en Afrique du nord, au Moyen-orient et « l'agression du sionisme contre les peuples arabes ».



 

L'affrontement capital-travail détermine la lutte des classes à l'échelle nationale et internationale, pointe Figuera, et c'est dans ce cadre que « nous inscrivons le développement actuel du processus vénézuélien », avec des secteurs qui chercheraient à revenir sur les avancées obtenues.

 


Dimanche 3 août 2014

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Mardi 29 juillet 2014 2 29 /07 /Juil /2014 09:26

"Comment nous avons ouvert les yeux"

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Si l’on souhaite précisément localiser le lieu dont on va parler, il faut dire qu’il dépend du quartier Altagracia. Ceux de San José, Cotiza, La Pastora le flanquent à l’ouest, et celui de Catedral, au sud. En fait, c’est un grand corredor (zone à couvrir qui regroupe divers quartiers, où existent des Communes constituant de ce fait une unité socio-territoriale spécifique, dont il faut reconnaître l’unité) qui s’étend sur la vaste plaine de Narauli.

Jaskeherry -Kerry- Rivas, 26 ans, qui est né et vit dans le secteur La Esperanza, du quartier El Retiro (Altagracia) précise: « Avant, il n’y avait aucune division, tout le secteur qui correspond au piedmont d’Avila, on l’appelait Cotiza. De plus, on considère que l’on est coticeño (du quartier de Cotiza), d’Avila jusqu’à Chapellin ».

Jaskeherry est tout à la fois sportif avéré et disc-jockey de salsa. C’est une figure notoirement connue des jeunes gens de son secteur et des communautés attenantes. Sa largeur de vue, il la doit certainement au fait qu’il a fréquenté une multitude d’organisations locales. Toutefois, vivre dans son quartier d’origine, est sa seule et unique quête.

« A l’âge de 15 ans, on a rejoint les équipes de travail volontaire. Cela fait plus de 10 ans maintenant. A la même époque, on a réalisé un recensement au collège. Sur 100 gamins, 70 d’entre eux sont morts avant d’avoir atteint les 18 ans, victimes de la délinquance et de la drogue. On sait maintenant que cette hécatombe est le fruit d’un système. Avant on ignorait tout cela, jusqu’à ce que l’action menée par Chavez a réussi à élever notre niveau de conscience. Ici, on est tous convaincus que c’est bel et bien le système capitaliste qui nous détruit à petit feu, à travers la drogue et le consumérisme débridé ».

 

 

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Actuellement, une équipe de travailleurs auxquels les jeunes du coin prêtent main forte, s’occupent de la réalisation des projets communautaires. Sur le grand groupe de volontaires qui a vu le jour il y a 10 ans, seuls 5 d’entre eux sont encore d’attaque aujourd’hui.

On commence néanmoins, à recueillir les dividendes de ces longues années d’activités.

La première action à laquelle Kerry a participé, c’est la réalisation d’un double terrain de foot-ball et de basket. « Avant cela » dit-il, « il n’y avait rien. On a peu à peu aménagé le terrain, pour aboutir à ce que l’on voit maintenant. On garde vraiment le souvenir d’une grande tâche, réalisée collectivement. Tous les camarades y ont participé. Je voudrais tout de même citer le nom de ceux qui ont été partie prenante de cette initiative, et qui ont rejoint les rangs de la première équipe de basket du secteur H2O : Maicol, Tusa, Cesita et Gasparin mon frère. Qu’il repose en paix maintenant ».

La mission que Kerry s’assigne, ne se cantonne pas au secteur où il vit. Elle s’étend à l’ensemble du maillage territorial correspondant à la grande Communauté actuelle : la Commune Zone Nord Altagracia, formée de l’agrégation des secteurs tels que Villas del Sol, La Esperanza, Terrazas del Avila, El Retiro I, El Retiro II, Nueva Esperanza Revolucionaria, Sol de Caraballo, José Maria Vargas, Brisas del Avila, Gracia de Dios, Providencia et Alcantamar.

Pour en revenir au terrain de sport, il faut préciser qu’avant sa création, cette zone était passablement hostile. Il était en effet courant de tomber sur les cadavres de personnes victimes de règlements de compte entre bandes rivales. De plus, la violence qu’engendrait la lutte pour le contrôle des territoires où écouler la drogue, était monnaie courante ici.

 

 

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On en était là, jusqu’au moment où la communauté -bardée d’un armement bien plus pacifique relevant du registre de l’argumentation et de projets à réaliser- décide de faire entendre sa voix.

Kerry :« On s’est extirpé de notre indolence une fois pour toutes, et on a rapidement compris que la pacification de ce secteur violent passait par sa réappropriation, pour en faire un espace récréatif pour les gamins. D’une manière plus générale, nous sommes également convaincus que l’on a pu sortir de cette impasse -et pas uniquement ici- du fait qu’on a ouvert les yeux des jeunes. C’est Hugo Rafael Chavez qui a rempli ce rôle ».

Avant, il était malheureusement facile de dénombrer tous les coups de feu tirés en une heure de temps. Désormais, ce sont les acclamations accompagnant les buts marqués par les équipes du coin, qu’on entend à longueur de journée.

Il suffit d’une étincelle, et toute la prairie s’enflamme.

Cette étincelle a bien accompli son travail. En effet, de nombreuses communautés ont commencé à s’apercevoir qu’il était possible de sortir de ce cercle vicieux. Kerry : « Oui, effectivement, aujourd’hui on s’affronte encore ici. Mais cette confrontation se fait à l’aide d’une balle aux pieds, d’une batte à la main pour jouer au base-ball. On pense aussi à prendre du bon temps ensemble, en flânant. Ce qui importe surtout, c’est que désormais, il n’est plus nécessaire de tuer pour survivre ».

Tout en haut du quartier de La Esperanza, se situe un îlot d’urbanisation baptisé Villas del Sol. On peut recueillir ici de nombreux témoignages qui attestent du fait que le Président Chavez en personne, s’est déplacé au moment où ce secteur était en pleine restructuration. Pourvu d’un déguisement adéquat (une perruque, des lunettes ou des moustaches), il s’est promené du côté de La Cota Mil. Toutefois, quand les gens du coin l’ont reconnu, il a été fêté et traité comme un roi. La rumeur a enflé de telle manière, qu’en peu de temps, toutes les rues adjacentes ont été littéralement prises d’assaut. C’est Kerry qui nous rapporte tout cela. Il insiste également sur le fait que plus d’une fois, Chavez s’est personnellement heurté aux bandes de délinquants qui écumaient la zone. « C’est ainsi que l’idée nous est venue d’aborder ces problèmes différemment. La venue du Président de la République bolivarienne, sa présence parmi nous, nous a gonflé à bloc. »

 

 

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De cet état de fait découlera la décision collective de s’organiser sérieusement : l’aficionado de basket-ball réunira une belle équipe autour de lui ; il en sera de même pour celui qui sera en charge du base-ball ; l’apprenti DJ réunira patiemment les fonds pour faire l’acquisition du matériel idoine; le chanteur amateur suivra à peu près la même voie, cherchant à améliorer ses propres performances vocales. Kerry : « On peut en conclure qu’à ce jour, de nouvelles perspectives s’ouvrent à nous, du fait du chemin parcouru. Evidemment, abandonner le quartier à ce stade, après tous ces efforts, ce serait contre-productif, tant sur le plan personnel, que collectif. Mais on est bien décidé à rester ici, et à poursuivre ce cheminement tous ensemble ».

Aujourd’hui, Kerry vient en aide à des jeunes de la zone (qu’ils soient ou non originaires du secteur) en veillant à leur intégration aux divers programmes de développement communautaire. Dans cette optique, les potentialités de chacun d’entre eux sont mises au service de tous. Les réunions étaient initialement destinées à mettre les jeunes gens en relation avec les diverses organisations sportives locales. Sportives, mais également, culturelles et récréatives. Kerry : « à ce jour, nous en sommes à la formalisation de multiples commissions ad hoc. On en compte 16 pour l’instant : sport, culture, communication, formation, finances, orientation et diversité sexuelles, politique étrangère et internationale, et de nombreuses autres, dont l’appellation m’échappe pour l’instant ».

Pour être plus précis, à Altagracia, Kerry s’emploie en ce moment, à structurer une nouvelle équipe de travail, en relation avec les mères de famille, parties prenantes des réunions organisées avec la jeunsesse du Parti Socialiste Unifié du Veezuela (JPSUV) . L’idée consiste à fusionner les aptitudes que chaque jeune recèle en lui -des jeunes de la Commune Zona Norte-afin de les placer au service de la collectivité, de l’intérêt général. On pense aussi à la période des congés, puisqu’une équipe s’est cristallisée autour de cette thématique.

A 17 ans, Franyeli Mota est chargée de l’élaboration des diverses stratégies communicationnelles qu’il s’agit d’activer à travers le vecteur des Arts graphiques. Elle vient tout juste de terminer son parcours dans le secondaire et s’attelle à la recherche d’une Université susceptible de lui permettre de suivre un cursus en Conception graphique.

 

 

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Franyeli et Drexler Daniel Veliz Diaz sont de la même famille. Drexler à 16 ans, et sa discipline de prédilection, c’est le sport. Diana Briceno et ces deux derniers, sont voisins. C’est la raison pour laquelle ils ont uni leur force en rejoignant tous ensemble le secteur récréatif mis en place dans le cadre du plan « Congés/vacances ». Antony da Silva a le même âge que Drexler. Il suit les cours du soir au lycée, car il souhaite ardemment intégrer les rangs de l’Inces. (Institut National de formation professioelle).

 

Quant à Gilbeny Romero qui est issu de l’OP 6, il se consacre à l’art urbain du tag. Il a rejoint le collectif en suivant un parcours analogue à ses camarades : grâce à sa mère ? .Pour l’instant, on ne peut pas dire qu’il soit très prolixe.

Kerry : « Contrairement à ce l’on peut penser, nous savons d’expérience que le dossier jeunesse est complexe. Il faut garder à l’esprit que notre objectif majeur, c’est capter l’attention des gamins, bien les recevoir, puis les insérer en douceur au sein du groupe organisé déjà existant. Il ne faut en aucune manière les faire fuir. Par la suite, chacun apportera sa part à l’ordonnancement du projet collectif ». Voici exposés les termes d’une réorganisation générale -concernant notamment la Commune Zona Norte Altagracia- dont on ne perçoit ici, qu’une infime partie. Dans ce cas de figure, on rompt radicalement avec le découpage politico-territorial traditionnel des quartiers, pour se donner une capacité d’intervention autrement cohésive touchant un vaste territoire, une sorte de grande Commune.

 

A 24 ans, Adrian Bielostotzky est le pacifique « compagnon d’armes » de Kerry, depuis les origines. Ensemble, ils ont été les maîtres d’oeuvre de la lutte pour l’organisation du secteur, dont ils sont familiers. Adrian a plus d’une flèche à son arc, car il a été parmi ceux qui ont accompli un très important travail volontaire destiné à substituer sur tout le territoire de La Esperanza, le sport aux impasses tragiques de la drogue et de la délinquance. Dans ce travail, Nairoby Noguera lui a prêté main forte. Ils ont le même âge. Ensemble, ils ont été les instigateurs d’événements et rendez-vous sportifs. Un levier destiné à éradiquer la violence et le contexte social qui l’accompagne.

 

On se souvient de Salvador Allende, lorsqu’il a déclaré que « ne pas être révolutionnaire quand on est jeune, relève quasiment d’une contradiction biologique ». Eh bien, cette phrase Kerry se l’approprie et caractérise ainsi l’ensemble du travail qu’il accomplit (avec ses camarades) sur le terrain.

 

Texte : Mabe Chacín. Photographies : Jonathan Medoza.


Source : http://www.ciudadccs.info/wp-content/uploads/2014/07/20/EPALEN89_WEB.pdf

 

Traduction : Jean-Marc del Percio


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Par Tourtaux - Publié dans : Venezuela - Communauté : Syndicalisme
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Lundi 28 juillet 2014 1 28 /07 /Juil /2014 17:47

Les « colectivos » vénézuéliens, du fantasme à la réalité. Par Maurice Lemoine

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Maurice Lemoine couvre l’Amérique Latine depuis 35 ans. Dernier ouvrage paru : "Sur les eaux noires du fleuve"


Au Venezuela, des collectifs assument des missions  sociales et organisent les quartiers. L’opposition les décrit comme violents, les médias les qualifient de "paramilitaires".  Anges ou démons?


Maurice Lemoine a enquêté dans ces ¨barrios¨ où vit 85 % de la population vénézuélienne et où la plupart des journalistes ne mettent jamais les pieds…

 


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Sarria – un quartier populaire de Caracas. Dans le hangar quelque peu lugubre où l’ombre le dispute à la lumière, une bougie à la flamme tremblotante veille au pied des portraits de feu le président Hugo Chávez, de Simón Bolivar et de Jésus-Christ. Polos noirs, lunettes noires posées sur les visières de casquettes noires elles aussi, l’allure des membres du « collectif » Richard Marcano qui nous accueillent provoque une légère sensation de malaise. A Carlos Gutiérrez, leur « commandant », nous faisons part de notre trouble. Alors que l’opposition assimile les « colectivos » à des formations paramilitaires, cette façon de se vêtir peut, de fait, évoquer les sinistres « chemises noires » de la Milizia Volontaria per la Sicurezza Nazionale, bras armé du régime de Benito Mussolini. C’est plus fort que lui, notre interlocuteur éclate de rire avant de reprendre son sérieux. « Je pense que chacun donne aux couleurs le sens qui l’arrange. Le noir, c’est le deuil qu’on a dans le cœur ; dans notre culture, ce n’est pas considéré comme mauvais. » Il montre l’étoile blanche incrustée de rouge du logo qui orne sa poitrine : « Le rouge, c’est le sang versé par nos martyrs, nos libertadores, nos camarades tombés, désarmés », à l’époque où, avant l’arrivée au pouvoir de Chávez, le mouvement social subissait la répression. Il réfléchit une seconde : « L’opposition prétend que nous sommes violents, mais, depuis février, alors que ses groupes de choc sèment le chaos, elle manifeste habillée de blanc, le symbole de l’amour et de la paix ! »


Lorsque, changement de cadre et d’ambiance, nous re-sortons dans la clarté aveuglante du soleil, ces silhouettes, inquiétantes dans la pénombre, prennent une autre dimension : des pères et des mères de familles, des jeunes qui, sur une plaisanterie, hurlent de rire en tapant des pieds. Tout de même… Le dernier des conseillers en communication leur signalerait que la tête de mort qui figure dans leur logo n’a rien de particulièrement avenant.


 

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Après le décès de Chávez, beaucoup ont cru ou espéré que la « révolution bolivarienne » ne lui survivrait pas. L’élection de son dauphin Nicolas Maduro en avril 2013 à une faible majorité (50,61 % des suffrages), puis la consolidation du pouvoir lors des élections municipales du 8 décembre, remportées par le Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV) et ses alliés, avec 48,69 % des voix (76,42 % des municipalités), ont constitué un camouflet cinglant (l’opposition a obtenu 39,34% des voix). Depuis février 2014, les secteurs extrémistes se sont donc lancés dans une opération de déstabilisation avec, en mode opératoire, l’organisation de « guarimbas » – barricades, barrages et pneus enflammés [1]. Cette vague de violence a fait quarante-trois morts et des centaines de blessés. Répression gouvernementale ? En partie, mais en partie seulement : la majorité des victimes n’appartiennent pas à l’opposition et, à titre d’exemple, six gardes nationaux, chargés du maintien de l’ordre, ont été assassinés par balles.


C’est curieusement en Floride, à Miami, le 1er janvier 2014 que, sans s’appuyer sur aucun fait concret et sous le titre « Les colectivos, ordre et terreur chaviste au Venezuela », le Nuevo Herald, quotidien viscéralement anticastriste, a lancé la première salve contre les « coupables  » d’une crise qui… n’avait pas encore commencée : « Ils sont le visage violent de la révolution bolivarienne, délinquants soutenus par le régime pour intimider la société civile et, à l’occasion, faire le sale travail pour lui. » Depuis, la grande internationale du « copier-coller » n’a de cesse de dénoncer ces « gangs armés » ou « milices socialistes » qui sèment la terreur en toute impunité.

 

 

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Dirigeants du collectif Antimantuano, perché sur les hauteurs de La Pastora, Jesús García et la sympathique Pacha Guzmán ont a priori un aspect tout à fait humain. « Le collectif, explique García, sourire aux lèvres, c’est une façon de vivre, de travailler, quasiment une famille, avec un objectif commun : construire la révolution. » Ni l’un ni l’autre ne porte d’uniforme. « Nous, précise Pacha Guzmán, nos symboles sont affichés sur les peintures murales qu’on a fait dans le quartier avec les enfants. » Né en 2012, en lien avec le conseil communal qui assure la gestion locale, leur collectif s’est donné pour priorité « la jeunesse ». Foot, basket, photographie, sérigraphie, projections cinématographiques – « Très important : on utilise le ciné comme moyen de formation ; à travers les messages qu’on passe avant le film, on appelle à l’organisation »… Leur prochain projet d’envergure ? Ils pouffent en même temps. Non, il ne s’agit pas de la création d’un stand d’entraînement au tir à la kalachnikov, mais de celle d’une école d’art dans un local que le conseil communal leur a attribué !


Certains de ces groupes – les plus diabolisés – ont émergé dans les années 1960-1970, issus parfois de la lutte armée. Génériquement, on les appelait alors ñangaras (synonyme de révolutionnaires). Le collectif Ali Primera de Monte Piedad est né, lui, en 1989, après le carnage du caracazo [2]. Au début des années 2000, avec l’arrivée au pouvoir de Chávez, un autre type d’organisation populaire a vu le jour : les « cercles bolivariens ». Il en reste quelques-uns, mais la dynamique du « processus », comme on l’appelle ici, a amené à approfondir la mobilisation ouvrière, paysanne, indigène, étudiante, citoyenne, à travers les fameux collectifs, présents dans tout le pays.


Toujours à Caracas, toujours dans un de ces quartiers acrobatiquement suspendus aux pentes, les quarante haut-parleurs installés dans divers points stratégiques hurlent en même temps l’annonce des prochaines activités : « N’oubliez pas qu’aujourd’hui, à 15 heures, aura lieu la vaccination des animaux domestiques ! » Au siège du collectif La Piedrita (du nom du quartier), Douglas, son responsable, fait visiter avec fierté le foyer destiné aux personnes sans ressources qui, affectées par des maladies particulièrement lourdes, viennent de l’intérieur du pays pour recevoir des soins. « On les héberge, on les nourrit, on les transporte si nécessaire en ambulance. » Profil anguleux, une femme d’apparence paysanne opine d’un hochement de tête reconnaissant. « Mon bébé souffre d’une paralysie cérébrale. Quand on arrive à Caracas pour la première fois, c’est très difficile. Heureusement, on est venu me chercher à la station d’autobus. Ça fait un mois que

 

 

je suis ici. »010-e9964

 


A quelques mètres de là, maigre à faire peur, yeux caves, front constellé de taches de vieillesse, un homme pénètre dans le « réfectoire de la dignité Lina Ron [3] ». Derrière un comptoir, les bénévoles tendent des assiettes fumantes aux « personnes en situation de rue » déjà installées. Douglas serre quelques mains tout en commentant : « Avant, on les appelait péjorativement “indigents” et on les écartait de la société. A travers la politique que poursuit notre camarade ouvrier Nicolas Maduro [4], on défend l’idée qu’ils peuvent être insérés dans la société, quelles que soient les difficultés psychologiques que leur a valu leur isolement prolongé. » Deux cent cinquante repas sont servis ici chaque jour avec, bien entendu, une aide financière de l’Etat. Une fois achevé leur déjeuner, certains des « assistés » s’éloignent en direction des jardins ouvriers sur lesquels, en équilibre instable dans la déclivité, ils vont s’occuper des laitues, betteraves, oignons et autres productions de la communauté.


A Caracas, on le sait, l’insécurité n’a rien d’une légende. Même si l’on peut être amené à nuancer [5]. Ce que fait Pacha Guzmán, à La Pastora : « Avant la révolution bolivarienne, on se faisait tuer pour une paire de chaussures. Ça n’existe plus. Ce qui a augmenté, ce sont, liés à la drogue, les affrontements entre bandes. Mais, ici, l’organisation populaire les a fait reculer. »


A Sarria, le collectif a vu le jour le 12 novembre 2013, au terme d’une assemblée du conseil communal, précisément en raison de l’insécurité. « Une clameur populaire, précise Gutiérrez. Il y avait des zones abandonnées où les véhicules étaient dévalisés, vandalisés, et les gens attaqués. Maintenant, on a récupéré ces espaces, on y a érigé des parcs de récréation pour les enfants et on surveille le quartier. » Le « collectif La Piedrita », lui, appartient au Front des collectifs Sergio Rodríguez. Du regard et de la main, émetteur-récepteur radio accroché à la ceinture, Douglas embrasse un large secteur. « On a conscience qu’il manque encore beaucoup de policiers. A l’intérieur du corridor qui va de Caño Amarillo jusqu’à La Silsa, en lien avec dix-sept collectifs et trente-cinq conseils communaux, on assure la sécurité. S’il y a un problème, on s’active car on a un contact total avec la communauté. Nous savons qui est qui, qui est la victime, qui est le délinquant. » Il marque un temps d’arrêt, nous observe d’un air moqueur et devance la question qu’il sent arriver : « Les non-chavistes ne sont pas hostiles à ce travail car il génère paix et tranquillité. Dans nos quartiers populaires, on a des opposants, mais pas outranciers ! »


En version alarmiste, par la voix du président de la Conférence épiscopale, Mgr Diego Rafael Padrón Sánchez, la très conservatrice hiérarchie de l’Eglise catholique dénonce : « Ces groupes radicaux contrôlent des quartiers pauvres entiers dans les grandes villes, souvent indépendamment de la police et de la justice [6].  » En version gouvernementale, le ministre de l’intérieur Miguel Rodríguez Torres dément : « La ville de Caracas est divisée en “cuadrantes” [7]. A aucun moment les collectifs n’effectuent de patrouilles armées. Ce qu’on a mis en place avec eux, c’est des réseaux d’information. Si un délit se produit, si quelqu’un est impliqué dans le trafic de drogue, le collectif informe les forces de sécurité. » Avant de préciser, sans faux-fuyants : « Des réseaux d’information, on en a beaucoup. » Dans les faits, en arrivant parfois à l’improviste dans la quinzaine de collectifs visités, des plus « cool » aux plus radicaux, nous n’avons détecté la présence que d’un seul homme armé (d’un pistolet).


Il n’empêche, et on en conviendra sans peine : c’est le genre de phénomène qu’il faut surveiller comme le lait sur le feu. Le 9 août 2013, dans l’immense complexe de béton de la paroquia [8] 23 de Enero, historique bastion rebelle où l’on affiche ouvertement sa solidarité avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et « les frères palestiniens », quatre-vingt-dix sept collectifs ont volontairement remis aux autorités une centaine de pistolets, carabines et autres fusils d’assaut, dans le cadre de la loi de désarmement. A l’instar du dirigeant du Mouvement révolutionnaire Tupamaro, Oswaldo Canica, et de son sourire sibyllin, personne ne jurera que toutes les armes ont disparu des barrios. Mais, symboliquement, à La Piedrita, la Vierge peinte sur l’un des murs a troqué sa kalachnikov pour « le petit livre bleu » – la Constitution. « On a déposé les armes parce qu’on croit dans ce processus révolutionnaire et dans ce gouvernement, précise José Odrema, robuste« comandante » au crâne rasé et à la voix cassée du collectif 5 de Marzo. Qu’a dit notre leader Maduro ? Que si nous voulions défendre la révolution, nous devions intégrer la Milice bolivarienne. Alors voilà, je suis milicien, il n’y a rien de caché. »


La milice… La peste s’ajoutant au choléra ! A moins, une fois encore, d’écarter tout eurocentrisme paresseux. Le terme ne renvoie pas ici à la police supplétive de la Gestapo traquant les Juifs et les résistants, en France, à partir de 1943, mais au passé du Venezuela, pays où, en janvier 1797, un certain Simón Bolívar s’enrôla comme cadet au sein de la 6e compagnie du Bataillon de Milices de Blancos de los Valles de Aragua – prélude à la geste indépendantiste qu’il mènerait ultérieurement. Depuis, sous des formes diverses, la Milicia a accompagné l’histoire de la nation. Créée par Chávez le 13 avril 2005, date anniversaire de son retour au palais présidentiel après que les putschistes l’aient séquestré en 2002, la Milice bolivarienne a pour mission de seconder la Force armée nationale bolivarienne (FANB) en cas d’agression et, pour ce faire, d’entraîner, préparer et organiser la « défense intégrale » du pays. Composée de volontaires qui s’entraînent en fin de semaine, elle est encadrée par un corps d’officiers des forces armées.

 

 

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Ce concept de « peuple en armes » ou d’« union civico-militaire » peut heurter dans des pays qui, depuis longtemps, n’ont affronté aucune tentative de déstabilisation. Mais qui connaît l’histoire contemporaine de l’Amérique latine n’ignore rien des brûlants débats qui ont suivi les renversements de Jacobo Arbenz (Guatemala, 1954) et Salvador Allende (Chili, 1973) – fallait-il ou non armer le peuple face à l’imminence du danger ? – et la mise à genou du Nicaragua sandiniste par les Etats-Unis, dans les années 1980 – les « contras » (contre-révolutionnaires) d’alors présentant d’incontestables similitudes avec les actuels paramilitaires colombiens. A Caracas, le choix a été fait : un projet socialiste ne peut survivre sans capacité de se défendre – à plus forte raison, et paradoxalement, s’il joue la carte de la démocratie.


De sorte que, jeunes ou moins, la quasi-totalité des membres des colectivos font partie de cette armée de réserve d’environ cinq cent mille hommes et femmes, similaire à celles qui existent en France, en Suisse, en Espagne, au Canada, aux Etats-Unis (848 000 personnes), au Chili, en Argentine, etc., même si elles ne s’y appellent pas « milicias ». Produits d’une culture endogène, les dirigeants des collectifs portent souvent le titre de « comandante » – quelques-uns, ex-militaires, ont participé à la tentative de coup d’Etat de Chávez, le 4 février 1992 –, leurs troupes se vêtant à l’occasion d’uniformes, des plus élaborés (style vigiles de nos centres commerciaux) aux plus dépareillés.


Depuis le début des manifestations de secteurs minoritaires au sein même de l’opposition, les collectifs sont mobilisés. « Ici, on n’accepte pas les guarimbas, admet Gutiérrez, à Sarria. On ne va pas supporter qu’on nous séquestre dans notre propre quartier ! Tout le monde a le droit de manifester, de descendre dans la rue et de défendre ses droits. Mais pas de décapiter des motards[en tendant des fils métalliques, à hauteur d’homme, en travers des rues] ou de tirer une balle dans la tête d’un innocent [sort réservé à plusieurs personnes depuis le 12 février].  » Occupée et réduite au silence lors du coup d’Etat de 2002, la chaîne publique Venezolana de Televisión (VTV) a connu, en mai, une tentative de « guarimba » en face de ses locaux. « On a des communications, c’est vital, raconte Odrema. La communauté nous a prévenus. Avec différents colectivos, on est descendus ; quand ils nous ont vu arriver, “les fascistes” sont partis. » La Candelaría, quartier en plein centre de la capitale, a également connu plusieurs incursions. Même réaction de Luis Cortés, ancien du « 4F » [9] et « comandante » du collectif Cathédrale combative : « On a dû sortir pour défendre des camaradas qu’ils ne laissaient pas descendre de leur véhicule. On a… attiré leur attention et on a pu contrôler la situation. » De quoi justifier ce qualificatif de « paramilitaires » dont on les affuble régulièrement ? « On a notre secteur, notre logo, on est parfaitement identifiés. Pas comme les opposants qui, à Altamira, El Hatillo [quartiers aisés], sèment la violence encapuchados [masqués].  »


Lors des affrontements les plus violents, des policiers et des civils (des deux camps) ont ouvert le feu. Contrairement à nombre d’affirmations – « Des gangs paramilitaires appelés colectivos ont déferlé à moto, tirant à balles réelles sur quiconque restait à découvert [10] » –, aucune victime ne peut, avec une absolue certitude, être attribuée à ces derniers. L’un de leurs dirigeants, Juan Pablo Montoya, coordinateur du Secrétariat révolutionnaire du Venezuela – qui regroupe plus de cent collectifs – a fait partie des deux premiers morts, le 12 février, dans des circonstances troubles, encore non éclaircies [11]. On ira même plus loin : sans les collectifs, la situation se révélerait infiniment plus périlleuse…


Chacun, dans les quartiers populaires, a de la mémoire et, en travers de la gorge, la tentative de coup d’Etat d’avril 2002. A l’époque officier d’active, l’actuel ministre de l’intérieur était le coordinateur national des cercles bolivariens (CB) – « une sorte de commissaire politique », précise-t-il en souriant. Comme les colectivos à l’heure actuelle, ceux-ci, rebaptisés « cercles de la terreur » par l’opposition, subissaient une très dure campagne de diabolisation. « Les 12 et 13 avril, se souvient Torres, alors que Chávez était emprisonné, j’étais la charnière entre mes compañeroscommandants de bataillons [les militaires loyaux] et les membres des CB qui manifestaient massivement. Il y a eu des milliers d’appels téléphoniques pour coordonner la mobilisation, mais aussi, pour éviter la violence, pour que, malgré la rage immense qui habitait chacun, tout se passe sous la pression pacifique de la rue. A aucun moment les CB n’ont utilisé des armes et on a rétabli la situation. »


Douze ans plus tard, l’histoire se répète. Face à une opposition qui, une fois encore, refuse de respecter le résultat des urnes, des voix s’élèvent, nombreuses, unanimes, hargneuses, excédées : les limites du tolérable sont dépassées. Combien de fois n’entend-on pas : « Si le peuple voit la nécessité de descendre dans la rue pour défendre ce processus, il va le faire, comme il l’a fait le 13-A[13 avril 2002]  »  ? Le type de situation qui peut très facilement dégénérer.


« Quand a commencé la violence de la droite, en février, nous confie le ministre de l’intérieur, on s’est réunis avec tous les collectifs, quelle que soit leur nature, et on leur a dit : “Restez tranquilles, les autorités de l’Etat sauront gérer la situation”. » Dans tous les rassemblements de colectivos, à l’instar de celui auquel nous assistons le 7 juin dans la caserne de l’ancienne Police métropolitaine, celle qu’utilisait la IVe République pour réprimer, une ou des voix de responsables s’élèvent pour rappeler les fondamentaux : « Notre arme, en premier lieu, c’est la Constitution. Toute autre arme ne sera utilisée qu’en légitime défense de notre processus, ça doit être très clair pour tous lescompañeros.  » Et de fait, malgré la conscience qu’il a de sa force, « le peuple » – « les neurones avant les hormones », commentera le ministre pour la transformation du grand Caracas Ernesto Villegas – a gardé son calme, discipliné et encadré. Tandis que les dirigeants de collectifs demeurent en contact permanent avec les autorités.


Très classiquement, le débat artificiel lancé et entretenu sur le thème de leur supposée violence interdit toute réflexion sur la nature véritable et la diversité des colectivos. Si nombre d’entre eux peuvent effectivement être considérés comme des appendices du pouvoir – « Nous sommes avec notre président Maduro ! » –, d’autres se montrent plus autonomes, plus indépendants – « On est chavistes, on n’est pas “du gouvernement. » Un processus politique étant par définition lent, instable, non linéaire, truffé de réussites incontestables, mais aussi d’erreurs et de ratés, « nos critiques, nous confie Guillermo Lugo (collectif Ali Primera), on les fait arriver au PSUV à travers les médias alternatifs, les réseaux, les séminaires, les forums, les réunions… » En prélude à celle du 7 juin, à laquelle doit assister le ministre Villegas, l’un des commandants nous prévient avec gourmandise : « On va profiter du moment pour oxygéner l’Etat ! »


Reçu chaleureusement, et une fois son discours de circonstance terminé, le ministre, les chevilles comme scellées dans le sol, entend effectivement « parler du pays » : « Certains politiques ne se sont pas encore rendus compte qu’ils sont là pour servir le peuple, développe le commandant Cortes, très remonté. Nous avons besoin de votre aide. Nous menons quotidiennement une bataille frontale contre la bureaucratie et contre le blocus des médias, y compris les nôtres, les médias publics. Et nous avons les mains liées, parce que ce gouvernement révolutionnaire ne nous écoute pas, Ernesto. Alors, nous voulons que soit créé un ministère du suivi des actions sociales. Nous voulons que les ministres s’assoient avec le pouvoir populaire. Nous voulons… »

 

 

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En plein cœur de la capitale, Cortes et son collectif « Cathédrale combative » ont établi leur quartier général dans le parking bétonné d’un ex-centre commercial Sambil, réquisitionné en 2010 pour servir de refuge provisoire à mille quatre cents familles (cinq mille deux cent personnes) sinistrées lors d’un épisode de pluies torrentielles et d’inondations [12]. L’œil brillant de satisfaction, il détaille les actions en cours : « On capte les camarades “en situation de rue” et les drogués, qu’on oriente vers les programmes du Département d’attention au citoyen. On fait aussi de la réinsertion scolaire avec les gamins désocialisés. » Pour l’heure, sa petite troupe et lui tentent de mettre un peu d’ordre dans une longue file. Face à un Mc Donald’s, celle-ci s’étire devant un camion gouvernemental qui vend du café à prix hyper-subventionné.


Dans le quartier (chic) de Chacao, où la droite veut démolir le marché traditionnel pour construire un centre commercial, un colectivo lutte « pour sauvegarder le patrimoine culturel de la nation. »Des centaines d’autres, ailleurs, se consacrent à la formation politique, à la culture en général, à la culture afro-vénézuélienne ou indigène en particulier, au sport, à la musique, à la conscientisation des motards (dont le style de conduite erratique constitue le cauchemar des automobilistes), à la santé, à l’éducation, à l’amélioration du logement ; n’existe-t-il pas un collectif de deux cents femmes qui bâtissent un immeuble, à Caracas, sur l’avenue Francisco de Miranda [13] ? A La Pastora, Pacha Guzmán résume : « On donne aux gens l’opportunité de participer au type de démocratie que Chávez a appelé à construire : c’est autre chose qu’aller voter et attendre que le gouvernement s’occupe de tout. »


Mais alors, pourquoi tant de haine, selon la formule consacrée ? Au pied des immeubles de l’ensemble 23 de Enero, le député suppléant du PSUV et animateur de la « Coordination Simón Bolivar », Juan Contreras, lève le bras et le rabat en signe d’exaspération : « L’opposition ne supporte pas que les gens défendent le processus. Alors, il faut stigmatiser, criminaliser les organisations sociales qui ont grandi à la chaleur de la révolution bolivarienne, comme les communes, les conseils communaux et, surtout, les collectifs, qui ne sont rien d’autre que le peuple organisé. »


Photos : Maurice Lemoine


Notes: 


[1] Lire Maurice Lemoine, « Stratégie de la tension », 20 février 2014, Mémoire des luttes (http://www.medelu.org/Strategie-de-la-tension-au)

[2] Répression d’un soulèvement populaire qui, à Caracas, le 27 février 1989, a fait, selon les sources, entre trois cents et, plus vraisemblablement, trois mille morts.

[3] Lina Ron : dirigeante chaviste particulièrement radicale, décédée le 5 mars 2011.

[4] L’actuel président a été conducteur d’autobus et syndicaliste.

[5] De janvier à juillet 2014, dans les dix quartiers de Caracas placés sous la juridiction de la nouvelle Police nationale bolivarienne (PNB), la criminalité a diminué de 33 % par rapport à la même période de l’année précédente (Ciudad Caracas, 11 juillet 2014).

[6]  El Nacional, Caracas, 15février 2014.

[7] Zones de patrouillage intensif de la police de proximité.

[8] Littéralement « paroisse » : la plus petite unité politico-territoriale ; Caracas en compte trente-deux.

[9] 4 février 1992 : coup d’Etat de Chávez contre le président Carlos Andrés Pérez.

[10] Slate.fr, Paris, 21 février 2014.

[11] D’abord attribuée à un fonctionnaire du Service bolivarien national de renseignements (Sebin), sa mort l’est désormais à un autre dirigeant de colectivos, Hermes Barrera Niño – qui clame son innocence.

[12] Il n’y reste actuellement que trente-quatre familles (trois cents personnes) ; les autres ont été relogées.

[13] Lire « Un rêve aux mains de femmes » sur le site Venezuela Infos (2 juillet 2014).

 

Source de cet article : http://www.medelu.org/Les-colectivos-venezueliens-du

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Jeudi 24 juillet 2014 4 24 /07 /Juil /2014 07:16

Le Venezuela accélère sa ¨transformation du pouvoir citoyen en gouvernement¨

Le 9 mars à Caracas, Maduro rencontre des mouvements communaux venus de tout le pays et annonce l’octroi de 2400 millions de bolivars pour qu’ils puissent réaliser leurs projets socio-productifs ou de construction de logements.

Maduro rencontre des mouvements communaux venus de tout le pays.

 

15 mois après son élection, le ¨chauffeur d’autobus¨ (1) Nicolas Maduro, cet ex-syndicaliste du transport public, ce militant bolivarien méprisé par les professionnels de la politique, celui que Chavez proposa aux électeurs parce qu’il était le seul sans écurie, sans ambition personnelle, accélère le dynamitage de l’État ancien. Certes, c’est depuis 1999 que la révolution bolivarienne construit la démocratie participative mais en juillet 2014, dans l’invisibilité médiatique mondiale, elle lance l’expérience la plus poussée de participation citoyenne dans l’histoire de la gauche mondiale.

On comprend la fébrilité de l’extrême droite vénézuélienne dont les récentes violences appuyées par les paramilitaires colombiens et la CIA (2) ont été déguisées en ¨révolte étudiante¨ par les grands médias dans le monde entier (3). Il ne s’agit plus seulement de récupérer les impressionnantes réserves de pétrole ou de freiner l’unification de l’Amérique Latine. La déstabilisation se fait urgente parce que l’approfondissement du pouvoir citoyen éloigne chaque jour un peu plus la possibilité de rétablir l’autoritarisme néo-libéral, les privatisations et la répression des mouvements sociaux.

Conformément aux engagements du programme sorti des urnes d’avril 2013 (4), le président Maduro annonce pour la mi-août un ¨sacudón¨ (forte secousse) des institutions gouvernementales : ¨Nous révisons à la loupe tous les portefeuilles ministériels, le degré de réalisation de leurs objectifs ainsi que le niveau de production des entreprises d’État. Nous allons maximiser l’efficacité du gouvernement dans la rue (5) et toute l’action de l’État pour transférer le pouvoir à la population. Nous n’avons pas rebaptisé nos ministères ¨du pouvoir populaire¨ pour le plaisir de leur coller une belle étiquette mais pour mettre l’État au service du peuple. Nous devons construire un système de gouvernement populaire qui ne soit pas un aimable slogan pour se souvenir de Simón Rodríguez ou de Hugo Chávez. Il est hors de question que la révolution s’arrête une seconde. Elle doit continuer à se déployer dans toutes les sphères de la vie¨ a-t-il rappelé aux ministres.

"La droite croit qu’il s’agit de changer des ministres, non, ce n’est pas l’essence de ce que nous faisons. Le centre du travail est de changer l’État, ses procédures, l’échafaudage monté par le capitalisme pour que la rente pétrolière serve à tout et à rien à la fois" explique le vice-président Jorge Arreaza.

Pour l’aider à ¨chambarder l’État¨, Maduro appelle depuis quelques mois les mouvements sociaux et le Parti Socialiste Unifié du Venezuela (PSUV) à lui transmettre des propositions concrètes. Le vendredi 18 juillet il s’est rendu dans l’État de Lara à la rencontre d’une assemblée de communes de tout le pays pour y concrétiser officiellement la promesse faite lors d’une assemblée antérieure de délégués communaux (6) : la création d’un Conseil permanent d’articulation entre la présidence et les communes pour que celles-ci dialoguent directement avec le gouvernement, fassent des propositions, définissent des priorités et expriment leurs critiques.

Dans cette réunion de travail avec 300 porte-paroles de diverses instances d’auto-gouvernement communal, Maduro a approuvé leurs premières propositions. Comme celle de créer des conseils du pouvoir citoyen dans les ministères: “

Chaque ministère doit posséder son conseil de pouvoir citoyen comme espace permanent pour travailler la main dans la m

Assemblée paysanne et indigène en vue de rédiger une liste de propositions au gouvernement, Sud du Lac de Maracaibo, juillet 2014.

Assemblée paysanne et indigène en vue de rédiger une liste de propositions au gouvernement, Sud du Lac de Maracaibo, juillet 2014.

ain et éliminer la bureaucratie.

Nous sommes en train de travailler sur un plan de transformation totale de l’Etat ; et plus précisément de cet Etat élitaire dont le bureaucratisme, la corruption, l’indolence, la lenteur sont les maîtres-mots. Il est de notre devoir de le transformer de fond en comble. Nous avons besoin de briser le blocage que nous nous imposons nous-mêmes et de rompre avec les schémas qui nous limitent, qui sont ceux de l’État élitaire, lui-même descendant de l’État colonial, répresseur, autoritaire, raciste et voué au pillage. Parce que là où s’impose la bureaucratie s’impose l’incommunication. Et l’unique mode de restructuration souhaitable, est celui qui consiste à associer à ce changement fondamental, le peuple désormais conscient de ses propres capacités¨.

Nicolas Maduro, le 18 juillet, dans l'État de Lara, crée le conseil permanent présidence/communes.

Nicolas Maduro, le 18 juillet, dans l’État de Lara, crée le conseil permanent présidence/communes.

Lara

Des critiques populaires…

Avant de remettre leurs propositions au gouvernement, les 17 tables rondes des organisations communales ont dressé la liste des principaux ¨noeuds critiques¨ : le manque d’articulation entre les différents corps ministériels chargés de travailler avec les organisations communales et la multiplication d’intermédiaires et d’interlocuteurs qui compliquent la tâche des auto-gouvernements communaux et génèrent une perte considérable de temps; La déficience de formation socio-politique des serviteurs publics; La nécessité de revoir les lois et d’en édicter de nouvelles pour le renforcement des communes; L’absence d’espaces de coordination entre les instances municipales et régionales des missions sociales et les instances du pouvoir communal; La faiblesse du suivi de l’exécution des politiques du gouvernement bolivarien au sein des communes; La présence permanente de contenus violents et d’images discriminatoires envers la femme et les minorités sociales dans les médias privés hégémoniques au Venezuela et la promotion d’une culture de la violence, de l’individualisme et du consumérisme dans la population; ou encore la persistance de pratiques de pollution et de déprédation de l’environnement sur le territoire des communes, notamment dans le traitement des eaux usées et l’usage de techniques agricoles ayant un impact négatif sur l’environnement.

… aux propositions populaires.

La machine s’est accélérée : trois jours plus tard, un peu plus de 200 Communard(e)s venus de tout le pays se sont réunis à Caracas pour la première réunion de la Commission Présidence/Communes. Cinq tables-rondes ont planché sur les axes suivants : Centre National du Commerce Extérieur (Cencoex) ; Banque Communale ; Agriculture et Terres ; Commission Nationale des Télécommunications (Conatel), Loi de Responsabilité sociale à la Radio et à la Télévision; Planification Territoriale. Des propositions issues de cette première session de travail émerge le profil de l’État communal

.

Enfants de la Commune d'El Rosillo (État d'Anzoategui)

Enfants de la Commune d’El Rosillo (État d’Anzoategui)

Table-ronde n°1 : Centre National du Commerce Extérieur (Cencoex) :

- Obtenir des devises pour la consolidation des unités socio-productives communales existantes.

- Renforcer l’industrialisation des systèmes de production.

- Contribuer à la sécurité alimentaire.

- Efficacité renforcée du modèle économique socio-productif communal.

- Faire en sorte que la triangulation « pouvoir populaire/Ministère des Communes/Cencoex » devienne réalité.

- Gérer des licences d’importation afin d’accéder aux devises.

- Elaboration d’un registre unique recensant les unités socio-productives Communales.

- Activation de commissions mixtes.

- Simplification des diverses démarches à remplir.

- Exonération d’impôts durant les premières étapes.

- Assurer la protection douanière des produits issus des Communes.

Table-ronde n°2 : Banque Communale.

- Réaménagement du système bancaire public et consolidation parallèle de la nouvelle institution financière communale.

- Distinguer Banque Communale et Banque privée. Ces deux systèmes distincts ne peuvent et ne doivent en aucun cas se confondre.

- Traitement égalitaire des producteurs Communaux.

- Garantir la viabilité et la pérennité financières de la Banque Communale.

- Prendre en considération les spécificités de chaque Commune.

- Organiser des tables-rondes pour établir les besoins financiers de chaque Commune.

- Créer un système pour que la Banque Communale puisse financer les projets sociaux de la Communauté.

- Assurer de la formation des communards sur le plan financier.

- Enregistrement des communes auprès de l’office unique du Ministère des Communes.

Table-ronde n°3 : Agriculture et Terres.

- Créer des unités ¨Ecopatrias¨.

- Mettre en place des ateliers de formation en agro-écologie.

- Promouvoir la création d’entreprises de propriété sociale (EPS) communales. Assurer la rotation des cultures et la pratique du troc inter-communal.

- Création de fermes intégrales.

- Développer la filière ¨Ecopatria¨ afin de réaliser des fertilisants et des produits écologiques.

- Veiller à éliminer toute bureaucratisation des systèmes en place.

- Revoir et superviser – de concert avec les communards – les diverses attributions de crédits.

- Soutenir les pratiques d’agriculture artisanale.

- Améliorer les voies de transport agricoles.

- Recenser les terrains en jachère dépendant du Ministère de l’Agriculture et de la Terre pour les transférer aux Communes.

Table-ronde n°4 : Conatel (Loi de Responsabilité Sociale des Médias).

- Renforcer les radios et télévisions communautaires.

- Évaluer et contrôler les contenus des programmes transmis par les compagnies de câble (sexe, violence, racisme etc…)

- Transformer la Loi de Responsabilité Sociale pour garantir la libre expression de la population.

- Revoir ce qui est respecté et ce qui ne l’est pas dans la Loi de Responsabilité Sociale.

- Travailler avec les médias alternatifs et communautaires.

- Faire en sorte que le plus grand nombre de porte-paroles des communes puissent participer à l’élaboration des dispositions légales que promulgue la Commission Nationale des Télécommunications.

- Edicter une Loi Organique des Conseils exécutifs nationaux en charge de la Communication.

- Favoriser la création de chaînes de télévision (communautaires) dans chaque commune.

- Constituer des équipes inter-disciplinaires des Communes comme parties prenantes du secteur de la Communication au niveau national.

Table-ronde n°5 : Planification territoriale.

- Réforme de la Loi des Terres, des Parcs et du Cadastre pour reconnaître les communes comme espaces d’auto-gouvernement.

- Oeuvrer à la reconnaissance des Communes à tous les échelons territoriaux.

- Promouvoir la Loi de Transfert de Compétences aux Communes.

- Travailler à la reconnaissance de toutes les instances nouvelles d’auto-organisation.

- Encourager l’épanouissement de la souveraineté territoriale de chaque Commune.

- Convoquer un grand débat national sur la Loi du Territoire Communal.

- Activer les mécanismes de planification territoriale.

- Articuler avec les Communes et les Régions stratégiques de Développement Intégral (Redi).

La militante Yanina Settembrino -porte-parole du courant « Bolivar et Zamora »- a insisté sur le caractère sans précédent de l’événement : « je ne pense pas qu’il existe où que ce soit dans le monde, l’équivalent politico-organisationnel de notre Conseil présidentiel de Gouvernement Populaire Communal ». Carlos Alvarado -Communard originaire de l’état agricole de Guarico- insiste aussi sur le fait que « nous sommes en train de vivre un moment historique exceptionnel, car chaque jour qui passe voit le pouvoir Communal se consolider un peu partout au Venezuela ».

Nous avons beaucoup de pain sur la planche, nous nous battons tous les jours avec la bureaucratie et les conspirations de droite pour rendre possible ce projet inscrit dans la Constitution de la République Bolivarienne” précise le Ministre des Communes Reinaldo Iturriza, ajoutant que le président Chavez liait ce projet à la construction d’une nouvelle institutionnalité basée fondamentalement sur les conseils communaux et les communes. Le Ministre a rappelé que la majorité des communes enregistrées ont créé leurs instances d’auto-gouvernement et produisent, l’enjeu étant de renforcer cette productivité et d’éliminer les obstacles qui entravent leur potentiel.

Thierry Deronne, Caracas, 24 juillet 2014

 

Traductions : Jean-Marc del Percio

 

Notes :

 

 (1) C’est ainsi que la droite qualifie le président élu, le considérant comme indigne de la fonction présidentielle parce qu’il vient du monde du travail.

(2) Lire ¨Brévissime leçon de journalisme pour ceux qui croient encore à l’information¨, http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/02/22/brevissime-cours-de-journalisme-pour-ceux-qui-croient-encore-a-linformation/ et ¨Comment la plupart des journalistes occidentaux ont cessé d’appuyer la démocratie en Amérique Latine¨, http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/03/16/comment-la-plupart-des-journalistes-occidentaux-ont-cesse-dappuyer-la-democratie-en-amerique-latine

(3) ¨Le Venezuela montre que les manifestations peuvent aussi être une défense des privilèges¨, http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/04/16/le-venezuela-montre-que-les-manifestations-peuvent-aussi-etre-une-defense-des-privileges-par-seumas-milne-the-guardian/

(4) ¨Ce que va faire la révolution bolivarienne de 2013 à 2019¨, http://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/15/ce-que-va-faire-la-revolution-bolivarienne-de-2013-a-2019/

(5) ¨Nous t’écoutons Claudia¨, http://venezuelainfos.wordpress.com/2013/05/06/nous-tecoutons-claudia/

(6) ¨Venezuela, la profondeur de la démocratie participative cachée par les médias occidentaux¨, http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/06/06/photos-venezuela-la-profondeur-de-la-democratie-participative-cachee-par-les-medias-occidentaux/

Sources (espagnol) de cet article :

http://www.ciudadccs.info/2014/07/maduro-instala-primer-consejo-presidencial-comunal-en-lara/

http://www.ciudadccs.info/2014/07/aprobada-constitucion-de-consejos-del-poder-popular-en-ministerios/

http://www.mpcomunas.gob.ve/comuneros-y-comuneras-se-reunen-para-presentar-propuestas-en-consejo-presidencial-de-gobierno-popular-con-las-comunas/

http://www.mpcomunas.gob.ve/comuneros-y-comuneras-se-reunen-para-presentar-propuestas-en-consejo-presidencial-de-gobierno-popular-con-las-comunas/

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-1ys

Par Tourtaux - Publié dans : Venezuela - Communauté : Syndicalisme
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Dimanche 20 juillet 2014 7 20 /07 /Juil /2014 09:28

Le Venezuela condamne les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité massifs commis par Israël contre le peuple palestinien

Communiqué du Ministère des Affaires Étrangères.


Le Gouvernement de la République bolivarienne du Venezuela tient à réitérer sa plus ferme solidarité avec le peuple palestinien et sa plus forte condamnation de l’attaque criminelle de l’État d’Israël, qui vient de passer à une phase supérieure de sa politique de génocide et d’extermination avec son invasion terrestre du territoire palestinien, détruisant la vie d’hommes, de femmes et d’enfants innocents.

La douleur que nous ressentons devant ces massacres et face à l’impunité avec laquelle agit le pouvoir politique et militaire d’Israël, nous pousse à exiger avec plus de force et d’urgence la cessation immédiate de ces attaques criminelles. À cet égard, le président Nicolas Maduro a donné des instructions à l’Ambassadeur Jorge Valero pour qu’en tant que pays membre du Conseil de Droits de l’Homme des Nations Unies, le Venezuela demande la tenue d’une réunion extraordinaire et de toute urgence de cet organisme pour traiter les violations graves, massives et systématiques des droits humains de la population palestinienne commises par par l’Etat d’Israël dans la bande de Gaza, et prenne les mesures nécessaires pour mettre fin à ces violations.

Le Venezuela rejette les campagnes cyniques qui tentent de condamner les parties sur un pied d’égalité, alors qu’il est clair qu’on ne peut moralement mettre sur le même pied la Palestine occupée et massacrée par l’Etat occupant d’Israël, qui dispose en outre d’une supériorité militaire et agit en dehors de la loi internationale.

Nous sommes convaincus que cette situation n’intimidera pas l’héroïque peuple palestinien dans sa lutte pour la souveraineté nationale et la dignité humaine et qu’il sera de plus en plus accompagné par les peuples qui luttent quotidiennement contre les politiques impérialistes.

Nous, gouvernement et peuple de la République bolivarienne du Venezuela, réitérons notre amitié et notre solidarité fraternelles avec le peuple palestinien, fidèles à l’amour que démontrait le président Hugo Chavez pour ce peuple martyr, et continuerons à défendre son droit à être reconnu par la communauté internationale en tant qu’Etat national, souverain et indépendant.

Caracas, 19 Juillet 2014

Source (espagnol) : http://bit.ly/1lgqEg5

Sur les développements récents de la coopération du Vénézuéla Bolivarien avec l’État palestinien, voir ¨Mahmoud Abbas : le Venezuela nous a permis de briser le monopole d’Israël sur notre économie¨http://bit.ly/1jEeYSu

 

abbasmadurom1

Réunion de travail de Mahmoud Abbas et Nicolas Maduro à Caracas le 16 mai 2014.

Réunion de solidarité de syndicats bolivariens avec le peuple palestinien, 16 juillet 2014

Réunion de solidarité de syndicats bolivariens avec le peuple palestinien, Caracas. 16 juillet 2014

 

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