Venezuela

Mercredi 19 novembre 2014 3 19 /11 /Nov /2014 23:31

Au Venezuela, une nouvelle société se prépare

par Bernard Tornare 19 Novembre 2014, 20:16  

Au Venezuela, une nouvelle société se prépare

Pourquoi tout ce qui se passe au Venezuela est toujours dénigré par les grands médias ? Pourquoi cette Révolution bolivarienne qui prend forme dans ce pays est-elle constamment décriée dans nos contrées, si elle n'est tout simplement pas occultée?

Demandez à vos connaissances ce qu'ils pensent de la Révolution bolivarienne. La plupart du temps vous aurez droit à une réponse évasive et les plus honnêtes vous demanderons ce que c'est. Quant au pays lui-même ils vous parlerons de violence, d'inflation, de dictature, etc. Bref uniquement ce que nos médias veulent que nous retenions.

Pourtant, là-bas, se prépare quelque chose d'extraordinaire: une nouvelle société plus juste, plus humaine, qui peut nous inspirer.

Pour beaucoup de pays dans le monde, les informations officielles qui sont reçues annoncent une version qui est complètement démentie par la réalité.

Des gens, de plus en plus nombreux, qui cherchent la vérité n'allument plus leur télévision. Car l'opinion des gens bien informés est complètement différente! Or ces gens qui ne sont pas stupides examinent les évènements à partir de faits réels, concrets, à partir de statistiques.

Ainsi par exemple, pour le Venezuela, ils examinent le niveau d'instruction, car la base pour une dictature consiste à éviter d'éduquer son peuple afin qu'il reste stupide et qu'il soit facile à manipuler.

Ainsi, depuis que Hugo Chavez a pris le pouvoir en 1999, l'analphabétisme qui était en majorité a maintenant pratiquement disparu, et le niveau général d'instruction a considérablement augmenté. A ce sujet les statistiques ne peuvent mentir, pas plus que les vénézuéliens qui le vivent au quotidien.

Ils peuvent aussi constater que tous les soins de santé sont totalement gratuits y compris les soins dentaires.

Et cela aussi n'est pas le fait d'une dictature! Une dictature ne sacrifie pas de l'argent pour la bonne santé de son peuple! C'est une autre preuve que la réalité est à l'opposé de la version officielle des médias.

On nous fait croire, à nous européens que nous vivons comme des riches, que nous sommes privilégiés, quand c'est le contraire. Et que certains pays présentés comme "attardés" sont en réalité plus avancés que ce que l'on veut bien nous faire croire.

Un autre point de vue sur le Venezuela concerne le danger qu'il représente pour l'hégémonie américaine. Qu'avait fait Hugo Chavez? Il s'est libéré du FMI, des banques centrales et de la banque mondiale pour être autonome et aide économiquement d'autres pays d' Amérique du sud à en faire autant. Et le résultat est que maintenant d'autres pays d'Amérique latine commencent à en faire autant: Ils rejettent les multinationales qui contrôlaient leur économie et nationalisent pour que les richesses du pays profitent au peuple.

Le Venezuela fait partie de ces opposants à cette emprise américaine et de leurs affidés qui s'étend sur toute la planète.

Nous, en Europe, fonctionnons complètement à l'opposé: nos gouvernants sont là pour ruiner nos pays. Ils nous pressionent en nous faisant tout payer plus cher grâce aux privatisations. Ainsi, d'un côté, il y a les pays qui se libèrent des américains en nationalisant pour enrichir leur peuple, tandis que dans nos pays, nos gouvernements bradent tous nos biens en les privatisant, ce qui nous fait payer tout plus cher. C'est ce qui se passe avec l'eau, le gaz, l'électricité, l'essence, etc.

Cela nous oblige à se poser des questions toutes simples! Par exemple, si on demande à une famille vénézuélienne combien ils payent leur facture d'électricité, ils répondront "entre 5 et 12 euros" par mois, parfois un peu plus pour les régions les plus chaudes où l'on doit faire marcher les climatiseurs à fond.

Mais les grands médias évitent soigneusement les comparaisons.

En utilisant abondamment la désinformation, en mentant ouvertement, les détracteurs de cette Révolution se trouvent être également les ardents défenseurs de l’idéologie libérale. Ils sont effrayés, parce que cette nouvelle société qui se prépare est en opposition au système capitaliste. Et surtout qu'il s'agit d'une société beaucoup plus démocratique.

Ainsi, tous les gens "éveillés", ceux qui cherchent les vraies informations, considèrent qu'il est très important qu'il reste sur cette terre quelques bastions de résistance, et le Venezuela en est un symbole.

En prenant la peine de regarder objectivement ce qui se passe au Venezuela, on s'apercevra que ce pays nous donne des exemples de démocratie.


En voici quelques-uns (1):

Une assemblée constituante a été convoquée, destinée à jeter les bases de la Révolution Bolivarienne. La nouvelle constitution a été débattue dans tous le pays et elle a fait l’objet d’un référendum, largement approuvé à 74%. Chaque vénézuéliens en possède un exemplaire.

Le Venezuela est un des pays où la démocratie participative est la plus aboutie. Les "conseils communaux", assemblées de démocratie participative y disposent non seulement d’un budget autonome, mais surtout de la possibilité de s’opposer aux projets des échelons supérieurs (commune, état régional, gouvernement fédéral par exemple).


La démocratie participative se joue à un échelon très bas de la population, puisqu’un conseil municipal de démocratie participative concerne 200 familles en zone urbaine, 50 familles en zone rurale, 15 familles en zone indigène.

La constitution bolivarienne du Venezuela prévoit deux référendums d’initiatives populaires :
Le référendum révocatoire : A l’initiative de 20% du corps électoral concerné, un référendum peut être organisé pour révoquer tout élu ou fonctionnaire (maire, administrateur public, gouverneur, député ou même le président de la république) à mi-m
andat.

Le référendum abrogatif : A l’initiative d’au moins 10% des électeurs, un référendum peut être organisé pour demander l’abrogation d’une loi.

Le gouvernement est accusé d’abuser des chaînes d’Etat pour sa propagande. Il faut savoir que seulement 10% des chaînes radios et 12% des chaînes TV sont publiques, ce qui laisse une grande liberté de choix aux citoyens. Près de 300 radios et 30 chaînes TV privées se sont ainsi crées entre 1998 et 2010.


Aussi faut-il appuyer cette Révolution bolivarienne. Tout ce qui est en train de se faire en l'Amérique latine représente donc une sorte d'issue de secours face au neo-libéralisme, face au pouvoir absolu des banques et des multinationales qui sont en train de détruire la planète...au point qu'il ne restera rien à nos enfants.

Pour l'instant, notre futur à tous se trouve dans des pays comme le Venezuela!

Pensons-y.


Bernard Tornare


(1) Pour une information plus compète sur ce sujet: voir ici

Regardez, ci-dessous, cette excellente vidéo qui nous montre une expérience unique qui se passe dans la Patrie de Simon Bolivar. Une autre façon de fonctionner est donc possible.

 

 

 


Par Tourtaux - Publié dans : Venezuela - Communauté : Syndicalisme
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Lundi 17 novembre 2014 1 17 /11 /Nov /2014 00:25

3discursos_MaduroPortada.jpgLe Vénézuela passe devant l'Argentine comme pays ayant le salaire minimum le plus élevé d'Amérique latine

 

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

 

Une bonne nouvelle, à prendre avec des pincettes. Depuis le début de l'année, le Vénézuela – engagé dans un processus contradiction de construction du socialisme – est le pays d'Amérique latine qui a nominalement le salaire minimum le plus élevé d'Amérique latine.

 

En dix ans, le gouvernement de la République bolivarienne du Vénézuela a multiplié le salaire minimum par quatre : passant de 180 $ en 2004 à 770 $ en décembre 2014.

 

70 % d'augmentation du salaire minimum depuis le début de l'année

 

C'est le premier constat que l'on peut faire après que le président vénézuelien Nicolas Maduro a accordé une augmentation de 15 % du salaire minimum en novembre 2014. Cela suit deux hausses de 10 et 30 % de l'année, ce qui équivaut à une hausse sur l'année approchant les 70 %.

 

Comme le notait le journal argentin La Nacion (3 février 2014), le Vénézuela a dépassé depuis le mois de janvier l'Argentine après sa dévaluation du peso – comme pays bénéficiant du salaire minimum le plus élevé d'Amérique latine : 448 $ pour l'Argentine, contre 519 $ pour le Vénézuela.

 

Ceci est un symbole fort. L'Argentine est historiquement le pays le plus riche d'Amérique latine, une vieille économie industrielle qui fut un temps (en 1945), la 5 ème économie du monde. Le Vénézuela était historiquement un des pays les plus pauvres du continent, malgré le pétrole.

 

Les choses changent. Ce qui est proclamé par le gouvernement vénézuelien depuis l'an dernier est désormais confirmé par la presse latino-américaine.

 

Le Vénézuela devance dans l'ordre l'Argentine, le Paraguay, le Chili, l'Equateur, le Brésil, le Colombie, le Pérou et la Bolivie, qui ferme la marche avec un salaire minimum de 200 $.

 

Le président Maduro a insisté sur la rupture avec la période d'avant la Révolution:

 

« Avant la Révolution, les présidents se demandaient comment ils pourraient prendre dans la poche des travailleurs pour le donner aux élites (…) Aujourd'hui, les revenus sont mis à la disposition de la majorité pour la santé et la prospérité ».

 

« Si on y ajoute en 2014 l'augmentation du ticket d'alimentation, en termes réels, j'ai décrété une augmentation de 68 % sur l'année, pour faire face à la guerre indirecte menée contre nous (…) Qu'ils continuent à mener cette guerre, nous continuerons à avancer ».

 

Les syndicats critiques : quel sens dans un pays qui connaît l'inflation galopante, le double système monétaire ?

 

Toutefois, les syndicats sont moins enthousiastes. Face à l'inflation galopante, l'augmentation du salaire minimum permet au mieux d'éviter une baisse du pouvoir d'achat. Face au double système monétaire qui s'installe, le salaire minimum impressionnant Vénézuela est remis en doute.

 

La secrétaire-générale de l'UNETE (Union nationale des travailleurs), Marcela Maspero, a ainsi exprimé « les doutes que j'ai, des doutes importants, car on sait pas si on nous parle d'un salaire sur un taux de change de 1 $ pour 6.30, 12, ou pour le SICAD II, ou le dollar parallèle ».

 

Des doutes partagés par de nombreux observateurs. Si on reste au taux de change officiel de 1 $ pour 6.30 bolivar, le Vénézuela est de loin le 1er pays d'Amérique latine pour son salaire minimum.

 

Toutefois, la réforme monétaire imposée par Maduro en 2014 a créé d'autres niveaux de change.

 

Le niveau SICAD I pour la fourniture restreinte de dollars dans les opérations d'import-export, est à 1 $ pour 10 bolivars ; le niveau SICAD II, soumis à l'offre et à la demande, avec un plafond fixé entre 20 et 50 bolivars. Actuellement, la demande de dollars est telle que le plafond est atteint à 49,9 bolivars, révélant la défiance massive envers la monnaie locale.

 

Sur le marché parallèle, au cours de l'année, le taux de change du bolivar a varié entre 1 $ pour 25 bolivars, jusqu'à 1 $ pour 100 bolivars. A de tels taux de change, en prenant compte d'une inflation comprise cette année entre 60 et 70 %, on comprend les doutes des syndicats.

 

Quoi qu'il en soit, tout en restant critiques sur la réalité contradiction du Vénézuela contemporain dans sa voie vers le socialisme, cette nouvelle peut nous raffermir dans notre conviction que l'avenir est au socialisme, en Amérique latine comme en Europe.

 

Dimanche 16 novembre 2014

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Jeudi 13 novembre 2014 4 13 /11 /Nov /2014 15:04

Le Venezuela augmente ses exportations de pétrole vers la Chine et l’Inde 

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Vendredi 7 novembre 2014 5 07 /11 /Nov /2014 09:51

Le Venezuela accueille un premier groupe de 119 étudiants palestiniens

Palestinian students arrive at Simon Bolivar airport outside Caracasestudiantes-palestinos

 

 

119 étudiants palestiniens viennent d’arriver au Venezuela en tant que boursiers du “programme Yasser Arafat 2014” pour y suivre des études de Médecine Intégrale Communautaire à l’École Latinoaméricaine de Médecine “Dr. Salvador Allende”(ELAM). Pour l’heure près de 50 mille jeunes vénézuéliens et latinoaméricains se forment en médecine intégrale communautaire à l’ELAM, parmi lesquels 17 mille sont déjà diplômés, 20 mille sont en cours de formation et 18 mille en phase préparatoire.

Le président Maduro, qui a accueilli les étudiants durant la remise de 114 logements publics à des secteurs populaires de Petare (État de Miranda), a confirmé que les programmes de bourses d’études pour les jeunes palestiniens vont être multipliés dans tous les domaines de la connaissance, et que les divers ministères et institutions concernés travaillent en ce sens. “L’objectif du gouverement bolivarien est d’offrir des bourses d’études à un millier de jeunes palestinien(ne)s. Ici se trouve le futur de la Palestine (…) La Palestine ne s’est pas laissé anéantir, elle a refusé de mourir, elle a résisté, elle vivra et elle vaincra, nous en sommes certains (…) Aujourd’hui, la Palestine s’est inscrite dans le coeur du Venezuela, nous avons beaucoup d’admiration pour le peuple palestinien et ceci est un modeste pas pour dire qu’il est possible de concrétiser la solidarité”.

 

 

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Le président bolivarien a reçu l’olivier de nacre réalisé par des artisans palestiniens Bethléem. “Nous apportons la bénédiction de la Terre Sainte de Bethléem au Vénézuéla de la part de notre président Mahmoud Abbas” a déclaré l’ambassadrice de Palestine au Venezuela, Linda Sobeh Ali (photo ci-dessus), qui a également remis à Nicolas Maduro le drapeau de l’État palestinien : “nous vous remettons le drapeau de notre pays parce que nous savons que vous en prendrez soin de la même manière que le fera le peuple vénézuélien.


 

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Jeudi 30 octobre 2014 4 30 /10 /Oct /2014 11:42

Le Venezuela signe avec le Mouvement des Sans Terre du Brésil un important accord de coopération

Le vénézuélien Elías Jaua – ministre des communes et des mouvements sociaux et vice-Président pour le développement du socialisme territorial – vient de signer avec les brésiliens Alexandre Conceiçao – membre de la Direction Nationale du Mouvement des Travailleurs ruraux Sans Terre et Erivan Hilario dos Santos, Directeur de l’École Nationale de Formation Florestan Fernandes, un important accord, qui est l’aboutissement d’un double processus.

D’une part, au Venezuela, la montée en puissance du pouvoir citoyen comme base d’un futur État comunal – avec une demande croissante de formation de la part des nouveaux acteurs sociaux. D’autre part, au Brésil, le travail constant de l’université construite par les Sans Terre (photos) pour que les mouvements sociaux d’Amérique Latine disposent d’un espace permanent d’articulation, d’échange d’expériences et de formation permanente en philosophie, critique de l’économie politique, histoire, théorie de l’organisation politique, question agraire (réforme agraire, rôle de la paysannerie) et sociologie, sous la férule de professeurs volontaires venus du monde entier (1).

 

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Présenté par Elías Jaua comme “un accord pour la formation des communards, et pour l’organisation et la conscientisation d’un peuple qui lutte pour construire une société socialiste”, le texte porte sur trois objectifs communs :

  • La mise en place de stratégies de coopération en matière d’économie solidaire et communale, de développement local et d’économie sociale;
  • La coordination de stratégies intégrales pour la formation d’entreprises socio-productives;
  • La conception et la réalisation de programmes de formation en matière d’économie solidaire et communale, l’organisation d’entreprises de propriété sociale directe et indirecte au Venezuela.

Des formateurs, techniciens et spécialistes mettront au point ces projets de complémentarité productive, et organiseront des séminaires, ateliers, rencontres et conférences destinés aux mouvements sociaux et aux collectifs communards.

 

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L’accord signé ce 28 octobre 2014 en présence des étudiants latino-américains de l’école basée au sud du Brésil (photo) couronne aussi un itinéraire commun. En janvier 2003, Hugo Chavez, le premier, avait rompu le protocole d’un de ses voyages au Brésil pour aller écouter les paysans d’un asentamiento (unité de production agricole) installés sur un “latifundio” (grande propriété sous-exploitée) ensemencé aux cris de “occuper, résister, produire !” (2). En mai 2013, peu après son élection à la présidence du Venezuela, Nicolas Maduro avait fait une halte à Brasilia pour dialoguer et prendre note des propositions des mouvements sociaux de tout le pays (3).

Thierry Deronne, Caracas, le 29 octobre 2014.

 

Elías Jaua (à droite)- ministre des communes et des mouvements sociaux et vice-Président pour le développement du socialisme territorial - et Erivan Hilario dos Santos (de face), Directeur de l’École Nationale de Formation Florestan Fernandes.

Elías Jaua (à droite)- ministre des communes et des mouvements sociaux et vice-Président pour le développement du socialisme territorial – et Erivan Hilario dos Santos (centre), Directeur de l’École Nationale de Formation Florestan Fernandes

.

Elías Jaua et Alexandre Conceiçao, membre de la Direction Nationale du Mouvement des Travaileurs ruraux Sans Terre.

Elías Jaua et Alexandre Conceiçao, membre de la Direction Nationale du Mouvement des Travailleurs ruraux Sans Terre.

 

Notes

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Samedi 25 octobre 2014 6 25 /10 /Oct /2014 12:16

artiga.jpgSolidarité avec la Jeunesse communiste du Vénézuela dont le siège a été incendié par des milices fascistes !

 

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

 

On le disait après la mort du commandant Hugo Chavez : 2014 serait l'année de la révolution socialiste, ou d'une terrible réaction de l'oligarchie, de l'impérialisme, n'hésitant pas à user de milices fascistes pour briser le bloc révolutionnaire. Comme toujours, les attaques contre les communistes sont le prélude à une offensive contre-révolutionnaire générale.

 

Après l'assassinat du député révolutionnaire du PSUV Robert Serra, 27 ans, la jeunesse révolutionnaire subit une nouvelle attaque de la part de bandes d'extrême-droite, bien décidée à semer la terreur pour inverser le processus révolutionnaire.

 

Ce mardi 21 octobre, à 2 h 30 du matin, le siège national de la Jeunesse communiste du Vénézuela (JCV) a été victime d'un attentat terroriste qui aurait pu coûté la vie à plusieurs dirigeants et militants de la JC présents dans le local situé à Artigas, dans le quartier d'El Paraiso, à Caracas.

 

Un attentat qui aurait pu coûter la vie à sept personnes

 

Le siège de la JCV a été attaqué par des engins explosifs incendiaires lancés depuis plusieurs points, de façon simultanée, touchant la façade, la salle de réunions. L'incendie a d'abord pris le premier niveau de l'immeuble, à 3 h du matin, laissant des traces importantes de combustion sur la façade.

 

Les camarades de la JC – selon le communiqué officiel du Parti communiste vénézuelien – ont agi « de façon opportune et avec sérénité », contenant l'incendie avant que les pompiers et la Police nationale que ne constate l'état des dégats.

 

L'intervention des Pompiers du District Capitale a sauvé la vie à cinq jeunes communistes, ainsi qu'à deux camarades plus anciens, de 48 et 80 ans.

 

Selon le Bureau politique du Parti communiste du Vénézuela et la Commission exécutive nationale de la JCV – réunis en urgence dans la matinée – il s'agit d'un fait qui s'inscrit « dans le déroulement d'un plan des franges les plus réactionnaires de la droite pour effrayer, démoraliser et frapper les forces du mouvement populaire révolutionnaire. »

 

La Jeunesse communiste du Vénézuela a ajouté que « ce fait s'inscrit dans l'escalade de violence imposée par le fascisme depuis février, executée par des mercenaires et des groupes para-militaires au service de l'extrême-droite pro-impérialiste ».

 

Pour le Bureau politique du PCV, la priorité va à une enquête prompte par les autorités pour « faire la vérité sur les faits ; identifier et punir les responsables matériels et intellectuels ».

 

Les jeunes du PSUV, ouvriers, catholiques progressistes, solidaires avec la JCV

 

Les démonstrations de solidarité se sont multipliées dans les jours suivants.

 

Elles sont venues d'abord des alliés des communistes réunis dans le « Grand pôle patriotique de jeunesse » (GPPJ), mené par la jeunesse du Parti socialiste unifié du Vénézuela (PSUV) d'Hugo Chavez et Nicolas Maduro.

 

Le Grand pôle patriotique de la jeunesse, par la voix de son porte-parole Kariana Garcia, a « exprimé sa solidarité avec la Jeunesse communiste du Vénéuela face à l'attaque terroriste subie par l'organisation de jeunesse communiste », affirmant que « aujourd'hui plus comme jamais, nous marcherons unis pour approfondir la révolution socialiste. »

 

Outre les représentants du Grand pôle patriotique de la jeunesse, de la jeunesse du PSUV, plusieurs autres organisations de masse ont exprimé leur solidarité tels que la Centrale ouvrière des travailleurs et la Jeunesse ouvière catholique.

 

Une initiative a été organisée par l'ensemble des organisations de jeunesse réunies dans le Grand pôle patriotique ce jeudi 23 octobre devant le Bureau du Procureur général pour dénoncer l'attentat terroriste.

 

Le camarade-président Maduro solidaire avec les jeunes communistes

 

La JCV a reçu aussi un soutien de marque, celui du 'camarade' président Nicolas Maduro :

 

« Les premières enquêtes nous confirment qu'il s'agit d'un attentat contre la Jeunesse communiste, contre le PCV. Je condamne cet attentat publiquement, et appelle toutes les forces politiques de ce pays à le condamner, ainsi que ceux qui peuvent, par le terrorisme et la violence, conduire le pays à un climat d'affrontement et de haine qui nous entraîne dans le chaos ».

 

Le président Maduro a salué l'attitude digne et responsable du PCV face à l'attentat, et réaffirmé la vigueur de l'alliance politique qui le lie aux communistes.

 

jcv fascismoLa solidarité doit désormais trouver une expression en France par la plus ferme condamnation de ces tentatives de déstabilisation du processus révolutionnaire au Vénézuela, de l'attaque brutale contre les jeunes communistes, qui reste le premier signal d'une contre-offensive fasciste d'ampleur.

 

C'est dans ce sens que va la lettre de solidarité du secrétaire-général du MJCF (Mouvement de jeunesses communistes français) Nordine Idir exprimant « notre plus chaude et sincère solidarité à votre égard » et concluant que « le fascisme et la contre révolution ne passeront pas. ».

 

Les communistes français, fidèles à leur tradition de solidarité internationale crient haut et fort : solidarité avec nos camarades vénézueliens attaqués ! Le fascisme, la contre-révolution ne passeront pas ! Vive la révolution bolivarienne et socialiste !

 

  Samedi 25 octobre 2014

Par Tourtaux - Publié dans : Venezuela - Communauté : Syndicalisme
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Samedi 18 octobre 2014 6 18 /10 /Oct /2014 15:38

Ce que laisse l’eau lorsqu’elle se retire

SONY DSCLes deux hectares de terre brûlée se trouvent au sommet de la colline.  Des petits foyers de fumée grise y persistent encore, des restes de ce qui brûlait à l’aube, à six heures du matin, lorsque la chaleur permet de se mouvoir plus légèrement. Ensuite, le soleil tape, crevasse, désespère. Avec ce feu on a soigné la terre, on l’a rendue plus sèche, plus dure, plus semblable à la couleur des vautours, préparée pour les semailles, pour l’époque des pluies.

A cet endroit, chaque trace a été laissée par un groupe de quatre hommes. Chaque bananier qui poussera aura été planté de leurs mains qui ressemblent à cette même terre qu’ils travaillent à la machette, à la binette et qui les forge eux-mêmes également à chaque coup.

Autour de ces hectares, tout est vert. La forêt se perd, en hauteur et dans le lointain ; sous les cimes, tel de l’or vert, se trouve le cacao. Sur la colline voisine on voit une parcelle de terre identique à celle-ci. D’autres paysans s’y trouvent, eux aussi ils voient naître le jour dans la nuit, ils chargent les plants de bananier, de maïs, de piment remontant depuis le fleuve et ils les gardent dans le même refuge, sous un plastique noir que supportent six piquets de bois.

Lorsque les quatre hommes reviennent à leur communauté à une heure, ils le font par un chemin étroit, sur des pierres qui sont des obstacles, des marches, encore des coups.

 

Journée de travail des communard(e)s sur le brûlis

Journée de travail des communard(e)s sur le brûlis

 

Sur leur passage, par terre, ils voient des coquilles de cacao ouvertes en leur milieu – il y en a des jaunes, orange, vertes, rouge foncé, violette. Tous les quatre ils avancent dans l’ombre traversée par la lumière, sur les feuilles sèches tombées des cacaotiers et des arbres plus hauts qui les protègent- d’où pendent des racines, des orchidées et des nids.

En arrivant, ils traversent la rue principale, saluent les habitants qui, à cette heure-là, se trouvent chez eux- certains se penchent à la fenêtre- ils marchent entourés d’enfants jusqu’à arriver au fourneau où se tient le déjeuner qu’on leur a préparé. Alors, ils s’assoient sur des chaises, des grosses pierres, par terre et mangent le pot-au-feu commun. Des chiens, des chiots courent autour d’eux, des poules cherchent les restes et tout près, le fleuve,  ce fleuve qu’on ne voit pas d’en haut.

 

La base productive


Ces quatre hommes, qui chaque jour montent jusqu’au sommet brûlé, font partie du conseil communal Los Marines. Tout comme ces terres qu’ils travaillent. L’assemblée a approuvé le financement pour y commencer la production.

 

Les communards Augusto Espinoza et Eibis Brito

Les communards Augusto Espinoza et Eibis Brito

 

Avec cet argent, ils ont acheté des semis, des outils et ils en ont destiné une partie pour une prime hebdomadaire-un peu moins qu’un salaire. L’accord collectif est le suivant : quand la récolte et la vente se termineront, ils commenceront à rembourser le prêt au conseil communal, et avec l’excédent ils se paieront pour vivre-tout en vivant- en même temps que 3% seront destinés à l’organisation communautaire.

Comme ces deux hectares, il en existe 98 de plus sur la Commune agricole Cajigal, située dans l’état de Sucre, de la municipalité qui lui donne son nom : Cajigal, paroisse Yaguaraparo. Sa surface est de 20 000 hectares, dont la moitié est impropre à la culture, 2300 ha de cacao, 3000 autres attendent d’être mis en production. Sur les hectares restants, on cultive d’autres produits : fruits, et toute sorte de légumes ; les habitants y ont leur logis.

L’agriculture communautaire est l’un des principaux axes économiques encouragés par la Commune. Dans une zone agraire- abandonnée par l’état durant des décennies, marquées par des migrations massives vers les villes et de faible productivité- et dans le contexte d’une guerre économique qui s’est accrue depuis plus d’un an, commencer à faire produire ces terres est une stratégie.

 

Production de Cacao dans la Commune agricole Cajigal.

Production de Cacao dans la Commune agricole Cajigal.

 

Rien de tout cela n’est nouveau pour les « communards » et les « communardes » : le premier conseil communal de la zone –La Horqueta de Mata de Chivo- a commencé à s’organiser en ce sens, et c’est dans cette direction qu’ils continuent de regarder, vers les 150 nouveaux hectares qu’ils projettent de mettre en production collectivement et dont le financement a été approuvé en partie par l’Etat. A présent, il n’y a plus un conseil communal mais 16, organisés sur la Commune fondée par un après-midi d’août 2013.

Augusto Espinoza, l’un des principaux  membres référents de la Horqueta, connaît cette réalité depuis ses débuts. Avec les autres « communards » il en est arrivé à cette certitude : « il ne peut y avoir de Commune qui ne soit pas productive. Nous travaillons pour qu’il y ait un équilibre entre les 16 conseils communaux, et qu’ils produisent tous ».

Dans son conseil communal, ils sont parvenus à mettre sur pied 5 hangars d’élevage de poulets où travaillent 29 personnes – pour un total de 18 000 unités tous les deux mois – et une fabrique de parpaings d’une capacité de production de 2500 parpaings par jour, où sont employés 20 « communards »  et « communardes » en deux équipes. Ils savent que de cette façon ils créent des emplois, des revenus pour l’organisation communale, un nouveau système économique qui cherche à être productif et un peu plus que cela : socialiste.

***


Cacao séchant au soleil, commune agricole de Cacigal

Cacao séchant au soleil, commune agricole de Cacigal

 

Dans les rues, face aux portes, se trouve étalé dans des rectangles le cacao qui sèche au soleil – ceux-ci peuvent mesurer 8 mètres de long ou davantage, et approximativement un mètre et demi de large, pas plus ; ils doivent laisser l’espace nécessaire à la circulation des véhicules. L’air se caractérise par une odeur aigre, presque sucrée, pénétrante. C’est la période des quatre jours qui suivent la sélection des grains, la mise en sachet pour que commence le processus de fermentation. Une semaine au total. Jours durant lesquels les enfants ne vont pas à l’école, pour rester travailler aux côtés de leurs parents.
Dans le village, les maisons sont basses, avec des grilles ; elles sont colorées, très colorées. Des vertes, rose, violette, pourpre, bleu clair et jaunes ; les journées commencent tôt tout comme dans la zone haute. A sept heures c’est comme s’il était dix heures ; dix heures, c’est trop.

En parcourant le territoire communal, rien ne semble indiquer la présence de la Commune, ni les groupes d’hommes et de femmes qui construisent leur maison, ni les files de maisons déjà construites, ni l’institutrice qui va à l’école avec ses enfants, ni les personnes qui préparent les fondations de la nouvelle zone récréative et d’éducation. Pas plus que la pépinière qui se trouve au bord de la route, ou le camion qui vend du poisson sur la place centrale. Cependant, tout l’est. Une excessive évidence qui la rend invisible, la Commune, c’est la vie quotidienne.

 

Travailleuses de l'Entreprise de Propriété Sociale Directe Communale – Unité d'Approvisionnement.

Travailleuses de l’Entreprise de Propriété Sociale Directe Communale – Unité d’Approvisionnement.

 

L’un des rares espaces communaux qui se trouve signalé par un panneau est l’entreprise de Propriété Sociale Directe Commune Unité d’Approvisionnement La Horqueta Produciva, – «  directe car c’est la population qui l’organise directement », explique Elinor, membre de l’entreprise-, située au centre de Cajigal. Ses portes – qui présentent de chaque côté une peinture murale de Simon Bolivar, libérateur, à cheval et portant son épée – ouvrent à 8 heures du matin. Sur les étagères se trouve ce qui manque souvent ailleurs : de l’huile de tournesol et d’olive de l’entreprise Diana, du lait concentré et en poudre de l’entreprise Los Andes, de la farine de maïs, des haricots de la Corporation Vénézuélienne d’Aliments (CVAl), des fruits, des salades et des légumes produits sur les terres communales, et également par des producteurs individuels – familles – de la communauté.

De bonne heure accourent également vers cet endroit des habitants et habitantes. Ils viennent des rues principales, de la zone basse et empruntent le pont rouge en fer qui enjambe le fleuve, ce fleuve qui descend vers l’endroit où quatre hommes déjeunent de retour du haut qui paraît trop haut, des hommes qui d’ici quelques mois vendront leurs bananes.

 

La chaîne libératrice


« Nous sommes encore des novices qui posent les fondements ; même si nous avançons, nous produisons encore à très faible échelle, nous devons couvrir les besoins de l’axe communal », dit Eidis Brito tout en conduisant l’un des camions de la communauté. Avec celui-ci, ils montent jusqu’à la zone haute par la route empierrée, pleine de trous et pentue, ils descendent les récoltes jusqu’à l’Unité d’approvisionnement, et vont jusqu’à l’état de Carabobo acheter directement les produits des entreprises d’état.

Eidis sait qu’ils doivent augmenter la production, qu’ils ont besoin de 40 000 poulets et 400 hectares pour les semailles communales pour répondre au besoin de l’axe (où vivent 10 630 personnes) dans ces domaines. Ils doivent aussi avancer sur deux points : avoir le contrôle sur la totalité de la chaîne productive, et renforcer la chaîne. C’est-à-dire, le processus qui permet la mise en marche d’un nouveau projet à partir d’un projet déjà existant pour renforcer celui-ci à son tour.

 

Vivier communal agro-écologique

Vivier communal agro-écologique

 

Sur le premier point, ils ont pu avancer à certains niveaux. Le cas de la production agricole, par exemple, est le suivant : avec les pépinières communales agro écologiques (où  fonctionnera  en plus un banc de géo plasma, et dont l’objectif principal est de récupérer les variétés de cacao autochtone, comme le cacao perla), ils produisent une partie des semis pour les petites exploitations communautaires- les autres sont achetés aux entités d’état ou sur le marché privé.

Ce que l’on récolte là est transporté par la communauté vers l’Unité d’Approvisionnement, rompant ainsi partiellement avec le monopole des intermédiaires, qui achètent les produits aux agriculteurs à bas prix pour les revendre avec une augmentation qui à la fin peut aller jusqu’à 100%. La réponse communale est cependant insuffisante : ils doivent distribuer avec un camion –parfois ils en ont deux- 1 240 000 bananes, ceci correspond à la quantité que peuvent produire les 62 hectares communaux.

Finalement, les efforts des paysans sont rassemblés et le fruit de ces efforts est vendu de façon communautaire, à un prix inférieur à celui qu’impose le marché (« la maracuya » (fruit de la passion), par exemple, est vendue 40 bolivars le kilo, alors que dans les magasins privés elle se trouve à 60). De plus, depuis l’Unité d’Approvisionnement, on réalise des opérations de vente aux communautés les plus éloignées pour garantir un accès équilibré aux produits.

Ce parcours – qui n’est pas encore totalement entre les mains de la communauté, et qui fonctionne à une échelle réduite – représente l’exemple le plus avancé de ce que l’on fait dans la communauté de Cajigal. Néanmoins, ceci ne se produit pas dans d’autres circuits, comme celui des poulets. Là, il y a un problème à la base : l’aliment, les poussins (que l’on fait grossir) de même que les matériaux pour construire les hangars : tout est aux mains du secteur privé. La vente, elle, se fait directement à la communauté sans intermédiaires.

 

Le travail de préparer le ciment pour construire les logements des membres de la commune.

Le travail de préparer le ciment pour construire les logements des membres de la commune.

 

Le problème des matériels de production auxquels doivent faire face les « communards» (dans un contexte de guerre économique qui provoque de soudaines hausses de prix) n’est pas réservé à ce cas. Face à cela, ils ont élaboré un projet, la chaîne productive. Pour continuer avec cet exemple : Eliel, Augusto et des centaines d’hommes et de femmes qui construisent jour après jour la communauté en sont arrivés à la conclusion qu’il leur fallait un local pour l’abattage des poulets. Pour pouvoir le mettre sur pied il leur faut produire une plus grande quantité, 70 000 unités environ.

Avec ce local en état de fonctionnement, ils pourraient commencer un processus de séchage des viscères, des plumes et des ongles des poulets, pour ensuite les traiter et les transformer en farine (avec un concentré de protéines) qui serait utilisé comme aliment pour des poulets, économisant ainsi une grande partie des aliments qu’aujourd’hui ils achètent au secteur privé et qui représente une grande partie des dépenses (450 000 bolivars pour 10 000 poulets, qui, au bout du compte, rapportent un bénéfice de 150 000 à 200 000 bolivars nets). A son tour, ce même aliment pourrait être utilisé pour le projet d’élevage de cachamas (poisson d’élevage), autre espace de production qu’ils cherchent à mettre sur pied.

Le local d’abattage permettrait de vendre des poulets déjà préparés pour être cuisinés, des poulets qui pourraient être stockés dans les cinq caves (d’une capacité de 10 000 kilos chacune) qui se trouvent à l’Unité d’Approvisionnement ; ils pourraient  être vendus à un prix, là encore, plus bas (actuellement ils les vendent à 40 bolivars alors que dans les magasins privés ils frisent les 60).

Le problème auquel ils sont confrontés pour mettre en marche ce processus représente un seul problème mais il est central : les ressources (ils expliquent qu’en plus du local d’abattage, ils pourraient mettre en fonctionnement une incubatrice ce qui réduirait le coût de l’achat des poussins). Sur ce point, la communauté a trouvé une solution, partielle, mais qui est parvenue à dynamiser le projet : le réinvestissement des excédents générés par les projets eux-mêmes de la communauté. Néanmoins, les temps que nous vivons durent et sont incertains (la construction d’un hangar coûte aujourd’hui 200 000 bolivars, mais dans le contexte inflationniste spéculatif son prix peut augmenter rapidement), et pour réaliser des projets « d’ampleur » ils ont besoin d’un financement d’État, assure Eilis.

 

Le socialisme, c’est plus que produire


La genèse est la suivante : d’abord, il y a eu 105 maisons attribuées par l’Etat (le Ministère du Pouvoir Populaire pour les Communes et les Mouvements Sociaux). Avec la construction de ces logements on a généré un excédent économique- en économisant- qui leur a permis de construire les 5 hangars, et avec l’excédent né de l’élevage des poulets ils ont pu mettre sur pied la fabrique de parpaings, qui à son tour a généré une part d’économie dans la construction de nouvelles habitations (jusqu’à présent, ils en ont construit 487 sur la communauté). Les deux secteurs de production sont situés sur les 9 hectares communautaires également achetés avec les excédents.

Comment ? Grâce au travail volontaire. Celui-ci est le moteur qui a permis d’en arriver là aujourd’hui, construire l’esprit de la communauté, ses moyens. Car, non seulement ils ont économisé sur la main d’œuvre (les hangars ont été construits par des volontaires de la communauté, en plus de l’horaire normal de travail de chacun, seuls les soudeurs ont reçu une prime). Comme l’explique Eidis, « C’est ce mécanisme qui a réveillé la conscience sociale face à une culture capitaliste de 500 ans et a fait que l’on pense comme des sujets collectifs et non pas individuels ».

Ainsi, par exemple, avec les ressources pour construire 500 mètres de route, ils en ont construit un kilomètre. Ceci, en plus de générer une amélioration de la viabilité (dans un secteur, bien qu’à petit échelle, stratégique pour le transport des récoltes), a renforcé la communauté elle-même. Leyda Espinoza, porte-parole et membre référente de la communauté, explique ce que signifie pour eux cette pratique : « Le travail volontaire est le travail libérateur par excellence, car nous travaillons pour notre environnement, nous ne le faisons pas pour gagner quelque chose de personnel, nous nous renforçons nous-mêmes, nous renforçons le développement endogène, la communauté qui croît et s’alimente socialement, économiquement et culturellement ».

 

Centre communal de fabrication des parpaings

Centre communal de fabrication des parpaings

 

C’est pour cette raison que, grâce au travail volontaire, ils parviennent à générer des excédents dans chacune de leurs entreprises ; ceux-ci ont été réinvestis dans cette même entité qui les a générés (des machines pour de nouveaux espaces de production,  l’ouverture d’une période de nouvelles semailles, de l’aide pour les problèmes de santé, des œuvres sociales, des enterrements, etc…). Ainsi petit à petit,  s’est consolidé « cet être social » dans lequel croit Eilis  et qu’il a découvert aux côtés de ses « compagnons » et « compagnes » de la Commune.

Car, comme l’affirmait Ernesto Guevara lorsqu’il était ministre de l’industrie en 1965, lors de la révolution cubaine naissante, « le communisme est un phénomène de conscience et pas seulement un phénomène de production ; on ne peut pas parvenir au communisme par la simple accumulation de quantités de produits mis à la disposition du peuple ».

C’est pour cette raison que celui-ci insistait sur le besoin de « stimulant moral » comme étant le moteur central (en tension/confrontation avec le « stimulant matériel individuel »). Le travail volontaire était dans cette perspective l’une des principales formes de prise de conscience populaire pour impulser une production, un développement d’un autre type, non capitaliste, la même conclusion à laquelle sont arrivés les « communards » et « communrades » de Cajigal.  C’est pourquoi Augusto insiste et relie ce nouveau processus avec un nouveau travail : « N’importe quel compagnon peut être membre de la Commune. Il doit commencer par participer au travail volontaire, par être avec l’autre, alors un instituteur peut être membre de la Commune, n’importe qui peut l’être ».

***

L’horizon prend fin quelques petits mètres plus loin, parfois moins. Les hommes se cherchent les uns les autres en criant. Dans la zone basse, il n’y a plus de montagnes et les plantes poussent grandes, grosses et serrées. Près de là, se trouvent les palétuviers, les canaux et le fleuve débouche dans le golfe de Paria, la mer s’ouvre. Là, les hérons rouges marchent sur le sable à marée basse, ils volent par dix, vingt, quarante et reviennent se poser, et chercher dans les flaques, les aliments, la vie que laisse l’eau lorsqu’elle se retire.

Un homme avance avec sa machette entre les plants de maïs, les cocotiers et les potirons. Il admire ce que lui donne la terre, l’effort. Celui-ci a prêté son terrain à la Commune et à présent une petite exploitation y fonctionne; six personnes y travaillent, toutes financées comme les quatre hommes de la colline brûlée, comme ceux qui voudront parier sur la production collective. « Le problème, ce n’est pas la terre- les pastèques  mesurent jusqu’à près d’un mètre- mais les outils et la distribution », explique Eidis.

Les « communards » et « communardes » de Cajigal savent que les terres représentent  tout comme l’organisation populaire, la conscience collective qui va croissant, le processus de  transformation. Ils ont également découvert qu’ils peuvent. Ils l’ont prouvé aux gens qui n’y croyaient pas, à l’État. Mais de cet État ils en ont encore plus besoin, pour renforcer le pouvoir communal- ce nouveau pouvoir qui libère-, l’autonomie. Car ils ont un financement propre, capable d’impulser des projets mais, comme disait Eidis, les limites sont celles de la dimension de cette impulsion.

C’est pour cela que, depuis leur réalité enracinée dans la terre, ils donnent l’exemple et réclament. Ils réclament, de même qu’Augusto demande, propose : « je ne comprends pas pourquoi le Gouvernement conclut une fois de plus des accords avec le privé qu’ils acceptent jusqu’à ce qu’ils se disputent à nouveau. Pourquoi n’en finit-il pas avec cette toile d’araignée et ne met-il pas en place un plan de six mois avec le peuple et l’armée, nous vivrons ces six mois terribles mais nous monterons des fabriques d’aliments concentrés, de traitement du cacao, nous ferons des plans nationaux de semis de riz, de maïs et de haricots ». Il ne comprend pas non plus pourquoi le Ministère de l’Agriculture et de la Terre ne finance pas des conseils communaux mais seulement des producteurs individuels.

 

Plant de banane à cuire

Plant de banane à cuire

 

Toutefois, ce désaccord ne mène pas à l’échec mais à la nécessité de lutter davantage, de se retrouver avec d’autres Communes pour débattre de l’économie communale, d’une économie qui doit être inventée, avec un héritage comme celui de Guevara (qui a inventé, remis en question l’existant- même le socialisme qui était alors en vigueur-, qui a montré le chemin de la transition en Amérique latine : « un cri lancé depuis le sous-développement ») et surtout les héritages laissés par chaque expérience révolutionnaire vénézuélienne qui pousse le possible un peu plus loin.

Car, derrière les bananes, derrière la Commune se trouvent les hommes qui sortent à l’aube, refermant la porte de leur maison, qui allument des feux, brûlent la terre, au soleil et qui marchent sur des chemins violets et rouges de cacao- d’un cacao que d’autres sur d’autres continents ont pris durant des siècles-, et ils le font pour le repas, la vie et un projet nouveau dont ils savent qu’il leur est propre, qu’il appartient à un peuple qui en a ouvert les portes. C’est sur ces hommes que repose l’urgence de la possibilité de la Commune, de sa nécessité, comme celle du fleuve qui descend, des hérons rouges et de ce que laisse l’eau lorsqu’elle se retire.

 

SONY DSC

 

Texte: Marco Teruggi. Photos: Milangela Galea


Source: http://www.mpcomunas.gob.ve/lo-que-deja-el-agua-cuando-se-va/

 

Traduction : Sylvie Carrasco


URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-1G5

Par Tourtaux - Publié dans : Venezuela - Communauté : Syndicalisme
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Mardi 7 octobre 2014 2 07 /10 /Oct /2014 08:07

Robert-Serraj.jpgLes communistes vénézueliens dénoncent l'assassinat du jeune député révolutionnaire Robert Serra



Déclaration du Parti commuiste du Vénézuela



Traduction pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/



Face au vil assassinat du compatriote Robert Serra, député et cadre du processus révolutionnaire, le Parti communiste du Vénézuela (PCV) exprime sa condamnation la plus catégorique de ce fait abominable qui prive la jeunesse vénézuelienne et tout le peuple qui ont une conscience démocratique, patriotique et révolutionnaire, d'un de ses cadres et militants les plus importants.



Le PCV exprime sa solidarité active et nos condoléances les plus sincères à toute la famille, aux militants du PSUV et à tout le mouvement populaire révolutionnaire, touché par cet acte criminel.



En outre, le PCV attend une réponse ferme et efficace du Parquet, afin de déterminer le mobile de cet assassinat vil et perfide, et de poursuivre l'auteur intellectuel et matériel de ce crime, afin qu'il en paye le prix devant la loi.



Dans ce contexte, le PCV prie tous les militants populaires révolutionnaires à rester vigilants et prêts à la mobilisation nécessaire pour répondre aux provocations des secteurs para-militaires et fascistes, outils au service de l'impérialisme.



En ces moments de douleur qui emplit les démocrates, patriotes et révolutionnaires du Venezuela bolivarien, le PCV porte un message d'espoir et de confiance dans la victoire historique de la classe ouvrière et des travailleurs des villes et des campagnes sur la bourgeoisie oppresseuse et exploiteuse, qui ouvre la perspective de la construction d'une société socialiste.



C'est en continuant la lutte que nous allons vaincre !





Voir aussi la déclaration de la Jeunesse communiste du Vénézuela (JCV) traduite pour http://jeunescommunistes-paris15.over-blog.com/



La Direction nationale de la Jeunesse communiste du Vénézuela (JCV) condamne l'assassinat du jeune dirigeant révolutionnaire et député à l'Assemblée nationale pour le Parti socialiste unifié du Venezuela Robert Serra, perpétré dans la nuit du mercredi 1er octobre à son domicile, dans le quartier La Pastora à Caracas.



L'assassinat de cadres politiques a été un moyen qu'a trouvé l'extrême-droite et le fascisme, en de nombreuses occasions, pour tenter de terroriser et de démobiliser les bases du mouvement révolutionnaire, ce qui chez nous a trouvé sa plus pure expression dans l'explosion des cas d'assassinats de leaders paysans.



En tant que JCV, nous transmettons toute notre solidarité à la famille du jeune dirigeant révolutionnaire, au Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV) et à son organisation de jeunesse.



Robert Serra s'est formé dans les luttes politiques du processus vénézuelien ; il était une figure du mouvement de jeunesse révolutionnaire, une preuve de cela, son engagement dans le syndicalisme étudiant en 2007 ; son travail dans les zones populaires et son élection à l'Assemblée nationale en 2010 à seulement 23 ans.



Sa pratique politique a été toujours guidée par un but : démasquer la nature réactionnaire de la droite pro-impérialiste vénézuelienne.



Nous dénonçons ce crime comme faisant partie du plan de déstabilisation orchestré par l'impérialisme contre le processus de transformation au Venezuela, qui depuis février a pris une tournure plus agressive.



Nous exigeons du Gouvernement national non seulement qu'il fasse la vérité sur cet événement, mais aussi qu'il mette en œuvre une politique concrète pour stopper la progression des organisations fascistes et des groupes para-militaires dans la zone frontalière, les quartiers populaires de Caracas et dans les couches populaires de notre pays.



Nous prions le mouvement populaire révolutionnaire à rester vigilant, organisé et mobilisé, face aux tentatives de plonger le pays dans un scénario de violence et d'ingouvernabilité.



Nous appelons les forces révolutionnaires à la plus large unité de classe et populaire.



La paix ne se conquiert qu'en triomphant du fascisme !

« Pour nos morts, pas une minute de silence, toute une vie de combat ! »

 

 

Mardi 7 octobre 2014

Par Tourtaux - Publié dans : Venezuela - Communauté : Syndicalisme
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Vendredi 3 octobre 2014 5 03 /10 /Oct /2014 20:42

 

Avec son amour de la Patrie, l'affection qu'il a su gagner de beaucoup, la voix qui ne tremblait pas à l'heure de faire ses dénonciations; nous espérons seulement que son assassinat et celui de sa compagne, soient punis. Maintenant il est allé se réunir avec son Guide et Maître, notre Géant Hugo Chavez.


Con su amor a la Patria, supo ganarse el cariño de muchos, no le temblaba la voz a la hora de hacer sus denuncias; solo esperamos que su asesinato y el de su compañera, puedan ser castigados. Ahora fué a reunirse con su Guia y Maestro, nuestro Gigante Hugo Chavez.
Leandra Espinoza a ajouté une nouvelle photo.

Con su amor a la Patria, supo ganarse el cariño de muchos, no le temblaba la voz a la hora de hacer sus denuncias; solo esperamos que su asesinato y el de su compañera, puedan ser castigados. Ahora fué a reunirse con su Guia y Maestro, nuestro Gigante Hugo Chavez.

Avec son amour de la patrie, il a su gagner l'affection d'un grand nombre, pas tremblé vous la voix lors de leurs plaintes ; Nous espérons seulement que son assassinat et celui de son partenaire, peut être puni. Maintenant, il devait rencontrer avec votre guide et enseignant, notre Chavez Hugo géant. (Traduit par Bing)

Fuente en español: http://www.avn.info.ve/contenido/robert-serra-una-juventud-entera-dedicada-revoluci%C3%B3n

[...] Serra fut reconnu pour sa lutte pour les droits de la jeunesse et distingué parmi les révolutionnaires pour sa capacité de travail pour construire une société juste et solidaire au service du peuple. [...]


Caracas 1° octobre AVN - "L'avenir de ce pays est là et dans l'avenir, nous serons là (à l'Assemblée Nationale) pour le représenter. Cette jeunesse est la garantie de la révolution, au-delà de 2021, même si cela gêne certains", furent les premiers...
vivavenezuela.over-blog.com
 
 
Photo de Bernard Tornare.

Robert Serra, jeune député du parti socialiste au Venezuela, et sa compagne Maria Herrera, ont été retrouvés morts chez eux dans le quartier déshérité de La Pastora.

"Ils ont été tués de façon abominable chez eux. Au rez-de-chaussée gisait le corps de la femme et à l'étage celui de Robert Serra", a déclaré le ministre de l'Intérieur et de la Justice, Miguel Rodriguez Torres, à la télévision nationale.
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Estoy profundamente afectado por escuchar sobre la muerte repentina del camarada Roberto y quisiéra ofrecer mi más sincero pésame. Es una grande pérdida para la revolución bolivariana. Desde la Suiza, amig@s, camaradas bolivarian@s y familia, reciban mi solidaria afección.


Robert Serra, jeune député du parti socialiste au Venezuela, et sa compagne Maria Herrera, ont été retrouvés morts chez eux dans le quartier déshérité de La Pastora. "Ils ont été tués de façon abominable chez eux. Au rez-de-chaussée gisait le corps de la femme et à l'étage celui de Robert Serra", a déclaré le ministre de l'Intérieur et de la Justice, Miguel Rodriguez Torres, à la télévision nationale. ------------------------------------------------------------------------------------- Estoy profundamente afectado por escuchar sobre la muerte repentina del camarada Roberto y quisiéra ofrecer mi más sincero pésame. Es una grande pérdida para la revolución bolivariana. Desde la Suiza, amig@s, camaradas bolivarian@s y familia, reciban mi solidaria afección.
Par Tourtaux - Publié dans : Venezuela - Communauté : Syndicalisme
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Lundi 29 septembre 2014 1 29 /09 /Sep /2014 09:04

Dire "nous, femmes"

Macu

Macu

 

Macu a eu l’attention attirée par une phrase, dans l’après-midi : “Ce que je sens, ce que je vois, non au loin mais comme processus, c’est que pratiquer l’égalité tous les jours nous rend plus libres”. Elle l’aime et la répète. Elle l’a trouvée dans un livre qu’elle dévore à ses heures libres, aux moments construits pour elle.

Pendant qu’elle feuillette dans la salle à mager, ses enfants jouent dans la cour. Sa mère et son frère sont à côté. Macu vit sur les hauteurs de Loma de León, dans la communauté Alí Primera, née d’une occupation de terres il y a 17 ans. De là on voit le secteur La Carusieña, l’aéroport et le centre de Barquisimeto qui prend toute la largeur de la vallée.

Macu profite de ce temps de lecture, les jours vont vite, remplis d’activités. Elle retrouvera bientôt la China, comme tous les mercredis depuis un an, à cinq heures, pour la réunion du Comité de la Femme et d’Égalité de Genre “Beatriz Pérez”. Une quinzaine de femmes avec leurs enfants, leurs bébés, avec pour toit un auvent de tôle, dans l’après-midi qui avance, avance, c’est presque le soir. Adolescentes jusque grands-mères. Femmes. Un homme aussi : José Gregorio.

Macu, qui s’appelle Elvira Dorantes, répète la phrase, une fois de plus. Ensuite elle parcourt les rues de terre du conseil communal “L’éveil d’Alí”, passe en face de la salle collective où joue l’orchestre traditionnel de la commune puis devant l’école maternelle, contourne la fabrique de parpaings, et arrive à la réunion. Avec un sourire ouvert, qui semble chasser une douleur grâce à la lueur de ce qui se passe ici.


Les Comités de la Femme et d’Égalité de Genre


SONY DSCLe Comité Beatriz Pérez est un des premiers à avoir fonctionné dans un conseil communal de la Commune socialiste Ataroa. Il y a un an déjà. Parmi les premières participantes il y avait Macu, la China et José Gregorio. Elles ont répondu à l’appel d’un des mouvements sociaux actifs dans la zone et membre de la commune dès sa fondation : Femmes pour la Vie.

Mais la participation au Comité ne fut pas immédiate. Et ce malgré leur participation à des ateliers de formation, des dialogues et des ateliers de peinture murale organisés par Femmes pour la Vie. “En tant que femmes nous ne nous donnons pas l’importance dont nous avons besoin et nous avons besoin de notre temps pour nous-mêmes” explique la China qui s’appelle Reina Peña.

Les comités sont des groupes de femmes dans les conseils communaux. Chaque comité défend les femmes qui souffrent de violence domestique, de violence sociale  parce que même si cela semble incroyable,  il y a toujours dans n’importe quel espace, une violence contre la femme, en vérité”.

Au début elle a simplement accompagné une amie. “A mesure que nous suivions les ateliers et parlions avec d’autres femmes, nous avons ressenti réellement le besoin parce que dans la vie quotidienne on va et vient, on se dit “bonjour” sans savoir ce qui se passe derrière les murs. C’est alors que nous avons commencé à approfondir le Comité de Genre. C’est urgent, ici, vraiment , parce qu’il y a toute sorte de problèmes, un peu de tout, de machisme, de mauvais traitements, de fierté de soi”. Elles ont resserré les rangs et installé le Comité permanent dans leur conseil comunal – un des huit qui font partie formellement d’Ataroa, même si tous ne fonctionnent pas tout le temps, précise la China. Chaque semaine elles se retrouvent au sein de la réunion de “L’éveil d’Ali”. Elles se battent pour que davantage de femmes participent : c’est important, comme aujourd’hui, de voir débarquer une adolescente comme Wilmery, de 13 ans, qui même si elle ne parle pas beaucoup est présente, c’est le plus important, le premier pas. Souvent, il est ardu de se rapprocher, de participer, de raconter. Mais elles persévèrent : “Même si nous ne sommes que 2, 3 femmes à nous réunir, ici c’est un progrès” explique la China au moment où commence l’assemblée.


Un mercredi de Comité


SONY DSCUn point central occupe la réunion de cette après-midi d’août : plusieurs crédits ont été approuvés par la Banque du Peuple, pour divers projets de production impulsés par des compagnes : bracelets et colliers, pâtisserie, empanadas,coûture, confiseries, hamacs. L’objectif est de lancer le fonctionnement d’Unités de Production Familiale.

A la demande de toutes, Quilmary Gutiérrez montre les colliers qu’elle a produits jusqu’ici. Elle explique comment les faire, la difficulté de fixer les prix à cause de “ce maudit truc de l’inflation”, et où elle pense les vendre. Elles insistent sur la nécessité de suivre des ateliers d’administration pour planifier toutes les étapes et faire en sorte que chaque effort soit rentable.

Macu explique la situation qu’elles vivent comme femmes : “Beaucoup ont leurs compagnons qui travaillent mais il est très difficile de dire “je voudrais manger un chocolat, me teindre les cheveux, faire telle ou telle chose”, se sentir bien avec soi-même, et parfois nous nous inhibons face au “je te donne ce qu’il faut pour la nourriture et pour les enfants”, sans voir les besoins que nous avons comme femmes, penser un peu à nous-mêmes, nous faire plaisir”.

D’où l’idée d’un revenu propre, d’une autonomie pour “ne pas dépendre du revenu du mari”, comme l’explique la China. Macu va plus loin : “pourquoi penser tout le temps à cuisiner, à faire des empanadas, au travail le plus dur… pourquoi en tant que femmes continuer à nous identifier à un torchon, à une cuisine, à un réfrigérateur, pourquoi ne pas penser en grand, à des coopératives d’emballage, de transformation de plastique, où nous soyons celles qui transformons une matière première en quelque chose de productif pour toute la communauté”.

Cette entreprise de recyclage de plastique elles en ont élaboré le projet, parcouru les premières étapes. De même que la fabrique de parpaings dans laquelle Macu a commencé à travailler, bien qu’elle soit freinée pour l’heure à cause de la difficulté d’obtenir le matériel. Petit à petit, en essayant, en s’organisant, elles avancent.

La réunion se poursuit – projets, ateliers… Beaucoup d’enfants tout autour, des pleurs soudains, des courses, allaitement de jeunes mères. Une proposition que toutes jugent nécessaire pour aider à la participation des femmes, et leur droit de suivre des réunions : une garderie communale.

Elles conversent de leurs foyers, de la récente prestation de serment de 400 formatrices communales de l’État de Lara réalisée par le Ministère de la Femme et de l’Égalité de Genre, parmi lesquelles 30 sont de la commune Ataora comme Macu et la China, comme d’autres qui passent dans la rue avec la chemisette violette, et le sac en bandoulière. Avec un grand problème à affronter : la violence, celle des foyers et celle des institutions.

Cette situation de violence institutionnelle s’observe surtout dans le secteur obstétrique, où nous sommes les plus victimes au sens du traitement quand nous allons chez le médecin, ou lorsque nous allons accoucher, on nous traite mal; et aussi quand nous devons formuler des dénonciations parce qu’on nous renvoie de l’un à l’autre, on ne prend pas acte de nos dénonciations, on nous met des bâtons dans les roues” explique Macu.

En bonnes lutteuses elles ont commencé à diffuser les adresses des lieux où on peut se rendre face aux situations de violence, où on peut obtenir des réponses et un suivi.

Elles parlent, et il y a quelque chose dans leurs voix, un rire presque constant. Une joie qui les unit de manière invisible. Qui se répète dans chacune d’elles. Qui peut disparaître en une seconde pour faire place à une ombre rouge attachée au mot, une tristesse profonde. Jusqu’à ce qu’une phrase peu à peu leur rende cette voix d’être ensemble.


Femmes pour la Vie


Katrina

Katrina

 

A travers l’amitié entre femmes, nous construisons le pouvoir populaire” est un des slogans principaux de ce mouvement social né à La Carusieña il y a 20 ans. “Nous allions de porte en porte, là où se trouvaient les femmes ayant des problèmes, femmes victimes de violence, nous les appuyions en les écoutant”, raconte Ana Martínez, une des fondatrices.

Elles ont commencé à réaliser des conversations, des ateliers de formation, de peintures murales, des programmes de radio, et à mettre en oeuvre une politique enracinée dans ce territoire. Face à elles, une réalité très ancienne : “Les conditions des femmes dans les communautés populaires ne sont pas égales à celles des hommes, elles vivent dans des conditions de pauvreté plus extrêmes parce qu’elles sont mères et seules, sans sources de revenus, il leur est plus difficile de trouver du travail, et nous avons encore un système patriarcal où l’homme et tout ce qui est masculin est au-dessus du féminin”.

C’est ce qu’explique Katrina Kozarek, militante du mouvement qui a pris part à la fondation de la “Commune Socialiste Ataroa” en 2007. Elles ont alors poursuivi leur politique envers les femmes dans les communautés, mais à l’intérieur de ce nouveau et grand défi de la Commune. Jusqu’à ce qu’elles décident d’impulser de manière systématique la construction d’une figure présente dans la Loi organique des Conseils Communaux : le Comité de la Femme et de l’Égalité de Genre.

Une décision prise deux ans plus tôt. Promouvoir ce qui est légalement constitué mais inexistant dans la réalité. Elles ont parcouru les conseils communaux pour expliquer ce que sont les Comités et promouvoir l’élection des porte-paroles. Elles ont ensuite mis en marche un plan de formation avec des dialogues où elles ont étudié par exemple la Loi du Droit des Femmes à une Vie Libre de Violence  – où sont sanctionnées 19 formes de violence -, le système patriarcal comme système oppresseur lié au capitalisme, et la participation des femmes dans l’espace politique.

Et il y a cette affirmation de Hugo Chávez: “Pour être un authentique socialiste il faut être un authentique féministe” que cite Katrina. Finalement, avec chacun des Comités, elles ont monté un plan de travail. Puis ont organisé le Comité de la Femme et de l’Égalité de Genre de la commune “pour planifier des actions à grande échelle où puissent participer les porte-paroles, hommes ou femmes, des comités”. “C’est toujours un peu difficile de démarrer le travail, de réussir à convaincre les gens de participer aux réunions, parce que les porte-paroles travaillent en même temps dans les comités d’alimentation, de santé, de logement, ce qui fait qu’elles priorisent ces secteurs par rapport au travail avec les femmes elles-mêmes” raconte Katrina, qui connaît bien la réalité de gravir des collines, de lancer des appels à se réunir, de se battre avec entêtement pour renverser une réalité pesante, et souvent de l’intérieur.


Dépatriarcaliser les relations


La China

La China

 

A la fin de la réunion du mercredi les compagnes conversent des difficultés qu’elles recontrent, de l’opposition des maris, des accusations, condamnations ouvertes ou proférées entre les murs. “L’homme n’a pas la maturité de dire “oui, les femmes travaillent, il faut les laisser en paix pour qu’elles puissent s’amuser, se détendre, oublier le stress”, ce qu’ils disent c’est que nous perdons notre temps ici” explique la China. Une situation qui se retrouve dans tous les récits, et se reproduit même dans les conseils communaux et dans la commune : “Dans la commune on ne voit pas l’importance du Comité d’Égalité de Genre, au contraire à tout instant les femmes doivent sortir pour cuisiner, où est le casse-dalle, et ceci, et cela ? On ne nous laisse pas en position de prendre des décisions, nos propositions ne sont pas très prises en compte : “Ah non encore ces femmes avec leurs problèmes, leur patriarcalisme, leur machisme, etc.. et il ne faut pas leur donner d’importance” raconte Macu. Qui parle d’éliminer cela, de conquérir un espace.

85% des participants de la commune sont des femmes. Mais, comme le raconte Katrina, les comités les plus publics – pour les relations avec les institutions, avec d’autres communes, ou le Comité Exécutif de la commune, sont ceux où on compte le moins de femmes.

Parfois la femme, dans les espaces de débat politique, là où il faut planifier et faire des propositions, sont déplacées par certains hommes qui ont une manière d’être qui peut être dure, qui peuvent crier, renverser la table, qui ont tout leur temps pour écrire alors que les femmes travaillent, parce qu’elles s’occupent des enfants et du mari, et dans tous les comités accomplissent des tâches journalières qui prennent tout le temps”.

Dans les ateliers elles parlent par exemple du triple horaire de travail des femmes, du féminisme –“la réalisation, ou l’éveil, être nous-mêmes, visibles, et créer une condition d’égalité entre tous” affirme Macu-, se reconnaître et s’organiser.

C’est difficile. “Il y a des compagnons qui vont même jusqu’à nous accuser de divisionnisme, de vouloir  dévier de la lutte de classes. Mais il ne s’agit pas de ça, la lutte pour l’égalité entre l’homme et la femme est l’expression même de la lutte des classes, parce que les personnes qui subissent le plus la pauvreté, l’exploitation capitaliste, et en plus de cela l’exploitation du système patriarcal, ce sont les femmes, c’est la même lutte de classes, sauf qu’en plus nous sommes opprimées par le système patriarcal” poursuit Katrina.

Cependant parmi les femmes du Comité d’Égalité de Genre existe une profonde certitude. Grâce à laquelle elles avancent contre les difficultés : “Nous pouvons assumer n’importe quel rôle parce que nous en sommes capables et beaucoup de choses encore, depuis soulever une pelle de ciment jusqu’à rédiger un compte-rendu, pour nous il n’y a pas de limites”.

Une certitude collective comme la nécessité de dépatriarcaliser la commune, intégrer la perspective féministe à cette lutte menée pour un socialisme qu’on cherche chaque jour.


Stratégies et victoires


José Gregorio

José Gregorio

 

La China, Macu et José Gregorio se sont mis d’accord et ont mis au point une stratégie au sein du conseil communal : la première s’est présentée pour être porte-parole du Comité de Sports, la deuxième pour le Comité de la Femme et d’Égalité de Genre, et le troisième pour le Comité d’Éducation. Ils se sont portés candidats au vote et ont gagné.

Une triangulation, expliquent-ils. Pour, à partir de là, commencer à travailler avec les enfants, les jeunes, les familles. Le thème de l’enfance,  pour José Gregorio et ses compagnes, est central. Il raconte que dans un atelier auquel il a participé avec d’autres hommes, ils ont fait un exercice : se rappeler son enfance. “Alors, en se souvenant, on se rend compte qu’en effet dès le plus jeune âge les jeux enseignent à devenir machiste”.

D’où le travail avec les enfants, par exemple à travers l’orchestre traditionnel communal. Où il travaille d’autres compagnons : “Cela me permet de bouger avec eux et de leur expliquer tout le temps, en blaguant, que je m’identifie au féminisme et à la dépatriarcalisation, et tous les jours nous travaillons le thème de la musique et de comment traiter les enfants, pourquoi il faut éviter la manière répressive de les traiter, cela est lié à la nécessité de la dépatriarcalisation”.

José Gregorio élève seul ses deux filles. Il explique que les deux compagnes l’aident, surtout dans cette étape de l’adolescence.  Il s’est engagé dans la “lutte des femmes” après avoir conversé avec quelques compagnes de Femmes pour la Vie et c’est ainsi, peu à peu, qu’il a compris ce machisme qui génère la violence dans les foyers, dans les quartiers.

Peu à peu elles ont avancé à partir du Comité, obtenant des victoires sur elles-mêmes, sur la communauté, avec d’autres femmes qui se sont rapprochées, avec des compagnons comme  José Gregorio, des initiatives productives qu’elles feront fonctioner, les débats et perspectives qu’elles ont réussi à installer dans la commune, avec leur activisme politique. Et jusque dans la famille elle-même, comme l’explique Macu avec un sourire: “Quand j’ai commencé à oeuvrer au sein du Comité d’Égalité de Genre, en tout cas mes enfants et mes frères ne faisaient absolument rien pour aider, après je les ai même pris en photo les uns en train de nettoyer, les autres de faire la vaisselle, parce que nous avons mis en oeuvre les principes que nous vivons dans les comités.

C’est pour cela qu’elle a construit ces instants, et qu’on les respecte, là où elle peut, comme cette après-midi, le temps de lire le livre de Luciano Fabbri sur féminisme et pouvoir populaire, tandis qu’au-dehors les enfants courent. Parce que dans ce regard de Macu il y a une victoire sur la peur, avoir expulsé une obscurité des mots, de la maison, avoir eu la volonté chaque matin, avec d’autres comme elle, de dire nous femmes.


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Macu et les siens


Texte : Marco Teruggi. Photos: Milángela Galea

 

Source : http://www.mpcomunas.gob.ve/una-estrategia-como-decir-nosotras/

 

Traduction : Thierry Deronne

 

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-1Fh

Par Tourtaux - Publié dans : Venezuela - Communauté : Syndicalisme
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